Ecoles, structures de santé, pistes de production, moulins, périmètres maraîchers, accès à l’eau, à l’électricité… ; à Sakal, tout est le fruit de la coopération entre la commune et ses partenaires.

C’est facile de se rendre à Sakal. Il faut juste emprunter la nationale 2, aller à Louga, faire encore 24 kilomètres, sans jamais quitter le bitume, avant de bifurquer à droite. Là, vous aurez l’agréable surprise de voir une petite ville rurale qui vous sourit et qui vous souhaite la bienvenue. Mais à un jet de pierres de la nationale, sur la bretelle qui rentre à Sakal, un chantier ne laisse personne indifférent. Ici, se construit le futur Hôpital de l’arrondissement de Sakal. La seule infrastructure qui marque l’empreinte de l’Etat dans cette commune. Sinon, à Sakal tout est le fruit de la coopération décentralisée, absolument tout. C’est parce que le maire Birahim Diagne a très tôt misé sur la coopération décentralisée. Il n’a pas attendu l’appui de l’Etat pour élaborer des projets et les concrétiser. Et aujourd’hui, le résultat est visible sur le terrain. Beaucoup d’écoles ont été construites, 42 au total, trois collèges et un lycée. Dans le domaine de la santé, les progrès sont réels. Plusieurs postes de santé y sont sortis de terre. Sakal a même un district sanitaire. Avec l’accompagnement de la Banque islamique de développement (Bid), un projet de 96 millions de FCfa a aussi permis la réalisation de plusieurs pistes rurales. Les femmes de la commune ont également leur centre social, lieu de formation et de renforcement des capacités. Sur place, elles disposent d’un périmètre maraîcher. Mais il y a surtout deux volets qui ont changé royalement le visage de la commune : l’accès à l’eau et l’allègement du travail des femmes.

Toujours, grâce à la coopération décentralisée, la commune a presque atteint l’accès universel à l’eau en moins de dix ans. Près 97 % des habitants de la commune ont accès à cette ressource vitale.  S’agissant de l’allégement du travail des femmes, des efforts considérables ont été faits. Sakal est passé d’un moulin pour 45 femmes à un moulin pour 3 femmes aujourd’hui. « Nous l’avons grâce à nos partenaires qui ont très sensibles à la situation de nos braves dames », fait savoir le maire socialiste.

L’un des grands défis qui reste à relever par l’équipe municipale est celui relatif à l’accès à l’électricité. Seuls 25 villages sur les 133 que compte la commune ont accès à l’électricité. « Nous sommes en discussion avec des partenaires pour améliorer l’accès à ce service. Mais nous comptons, cette fois-ci, sur l’accompagnement de l’Etat dans le cadre du Programme d’urgence de développement communautaire (Pudc) », souligne Birahim Diagne, qui a vivement remercié la mairie de Malemort (France). Une localité qui s’est organisée à ce que chaque habitant de sa commune verse 1 euro par an pour la commune de Sakal. « Le dynamisme des relations entre nos deux collectivités locales a atteint un certain niveau très élevé, au point que la ville de Malemort a baptisé une de ses rues au nom de Sakal », confie le maire Diagne, « certain » que le président Macky Sall accompagnera Sakal dans sa marche vers le développement.

Un budget de 183 millions de FCfa, 18 millions en fonds de concours
Sakal, comme beaucoup de communes du Sénégal, n’est pas bien lotie en matière de dotation budgétaire. Le budget de cette commune rurale atteint juste les 183 millions de FCfa. « Un budget théorique », insiste le maire Birahim Diagne, qui peut aussi compter sur 18 autres millions en fonds de concours et de dotation. « Que peut-on faire avec un si faible montant ? » s’interroge le maire Diagne, qui s’empresse de répondre : « Bien évidemment rien ». Raison de plus, dit-il, de chercher « ailleurs » pour financer les projets et programmes de Sakal, une commune en pleine expansion.

Seule commune «verte» de la région de Louga
Sakal est véritablement un ilot de résistance. De toutes les communes de la région de Louga (plus de cent), Sakal est la seule qui est actuellement dirigée par un socialiste. Abdoulaye Wade avait tout fait pour récupérer Birahim Diagne, sans succès. Conséquence : Sakal a été pendant tout le régime libéral absent des politiques publiques. Avec l’arrivée de Macky Sall en 2012, beaucoup pensaient que les choses allaient s’améliorer. Grosse désillusion ! Durant le premier mandat de Sall, il y a eu « quelques petits problèmes », « des malentendus » qui ont impacté la marche de la commune. Mais aujourd’hui, Birahim Diagne est dans de bonnes dispositions de travailler avec l’actuel locataire du palais. Il a suivi les consignes du Ps, grand allié de Macky Sall, contribuant activement à la victoire du patron de l’Alliance pour la République (Apr). Et c’est tout naturellement qu’il s’attend à ce que ce soutien soit bénéfique pour les populations de Sakal.

BIRAHIM DIAGNE, MAIRE SOCIALISTE DE SAKAL : «Un bon maire doit avoir une vision et se battre pour la concrétiser»

Birahim Diagne, 81 ans, est le seul maire socialiste de la région de Louga. Avec lui, la commune de Sakal a amorcé une renaissance et se modernise en misant essentiellement sur la coopération décentralisée. Dans cet entretien, ce dignitaire du Ps nous parle de ses réalisations, commente l’actualité et dit les attentes de Sakal au lendemain de la réélection de Macky Sall.

Sakal ne bénéficie pas d’un appui considérable de l’Etat et pourtant la commune se modernise. Quel est votre secret ? 
Notre secret, c’est d’avoir compris très tôt qu’on peut s’appuyer sur la coopération décentralisée pour faire des résultats au bénéfice des populations. Quand je suis arrivé à la tête de la commune en 2002, nous nous sommes rendu compte que la demande la plus urgente était l’accès à l’eau. C’était une préoccupation majeure des gens. Partout on me disait la même chose : nous voulons de l’eau. Les mille et une doléances des populations étaient relatives à l’accès à cette ressource vitale. A juste raison. Sur place, il n’y avait que des puits salés ou délabrés. On s’est battu, conscient qu’il fallait absolument répondre à cette doléance. Heureusement que j’avais mon fils qui était à l’étranger. Il gérait une association culturelle qui était en contact avec beaucoup de villes françaises. C’est lui qui m’a ouvert les yeux et m’a aidé à trouver des partenaires qui sont venus en visite à Sakal. Au final, nous avons noué des relations de coopération. Relations qui sont restées très solides. Aujourd’hui, presque tous les habitants de la commune ont accès à l’eau. Toujours, par le biais de cette coopération, la commune a réussi à réaliser beaucoup d’infrastructures de base : écoles, structures de santé, périmètres maraîchers, pistes, etc. Mon secret ? Non, je préfère parler de vision et une ferme volonté d’avancer. Un maire doit porter un projet et se battre pour le réaliser. Il ne s’agit pas seulement de venir et de dire aux gens, votez pour moi. Cela n’a pas de sens. On s’engage parce qu’on veut servir, non le contraire. Malheureusement, c’est ce qu’on voit aujourd’hui et c’est dommage.

Peut-on donc dire que Sakal ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui sans cette coopération décentralisée ? 
On peut le dire ainsi. Je suis un maire qui croit à la coopération. Ce que j’ai fait à Sakal prouve nettement qu’on peut effectivement s’appuyer sur cette coopération pour avancer. En réalité, je n’avais pas le choix. Comme je l’ai dit, après le départ d’Abdou Diouf du pouvoir, Sakal a été délaissé par les pouvoirs publics. Il fallait trouver d’autres moyens pour faire vivre la commune. C’est ce que nous avons fait. Dieu merci, c’était difficile, mais nous avions réussi à mobiliser au début 70. 000 euros. Ce montant nous avait permis de démarrer un certain nombre de projets. Avec le recul, en regardant sur le rétroviseur, je me dis que tout compte fait, le bilan n’a pas été mal. Il a été même bon, comparé avec des communes environnantes qui ont reçu dix fois plus que nous de l’Etat. L’enseignement à en tirer est simple : avec une vision claire et une ferme volonté, un maire peut faire beaucoup sans attendre l’Etat.

Le Sénégal vient de vivre sa onzième présidentielle. Globalement, quel regard portez-vous sur le scrutin du 24 février 2019 ?
Comme je l’ai dit, la peur était palpable. Il y a eu beaucoup de discours de radicalisation. On se disait que cela allait exploser à tout moment. Tout homme politique avait des raisons de se poser des questions. Mais, tout en se posant ces questions, on savait que notre peuple avait une particularité. La démocratie a eu des avancées significatives au Sénégal. Le bon voisinage est une réalité constante. Les germes les plus graves n’ont pas eu d’impact. Heureusement, nous n’avons pas eu des sensibilités extrêmes. Et finalement, le peuple sénégalais est resté uni et calme. On a eu l’élection la plus crainte, mais qui s’est déroulée le plus paisiblement possible. Et cela nous le devons à la maturité justement de ce vaillant peuple du Sénégal.

Etes-vous surpris par le score obtenu par Macky Sall qui est passé au premier tour ?
Personnellement non ! Je m’attendais à ce que Macky Sall gagne au premier tour. Et c’est ce qui s’est passé. Donc oui, les 58,26 % me paraissent corrects. Le candidat Sall est arrivé premier devant dans plusieurs localités. Et cerise sur le gâteau, il n’a pas perdu Dakar, le tiers de l’électorat. Donc le premier tour est logique et même raisonnable.

Quelle est justement la part de la commune de Sakal dans ce résultat global du département ?
Sakal a toujours été déterminant dans le département. Ce sont les membres de la coalition eux-mêmes qui le disent. Que le Parti socialiste soit au pouvoir ou dans l’opposition, nous avons toujours gagné la commune. Pour la présidentielle du 24 février, nous avons gagné en obtenant 64 % des suffrages valablement exprimés. Ce résultat a forcément rendu la victoire de Macky Sall plus belle dans le département de Louga. Bien sûr, chacun essaiera de tirer la couverture de son côté. Mais une analyse sereine, objective de ce résultat montre que notre soutien à la candidature de Macky Sall a été déterminant dans la victoire de Bby dans le département.

Qu’attendez-vous maintenant du président réélu ?
Depuis que le Parti socialiste a perdu le pouvoir en 2000, Sakal a été « réprimé » par tous les gouvernements qui se sont succédé. La commune a lourdement payé mon refus d’accompagner le président Abdoulaye Wade. Aucune faveur, aucune aide de l’Etat n’a échu à la localité, pendant que toutes les autres communes environnantes ont été royalement servies. C’est pour vous dire qu’avec le pouvoir libéral, nous avons été combattus. Avec Macky Sall, j’avoue que cela n’a pas été facile au début. Aussi, nous sommes restés nous-mêmes, au vu et au su de tout le monde. On nous a même retiré la taxe que payait la Senelec de 25 millions de FCfa. La première réalisation du gouvernement est un hôpital en construction. Sinon, tout le reste, c’est nous par le biais de la coopération décentralisée. Le lycée, le centre de santé, les infrastructures de base, les moulins, etc. Nous n’avons reçu aucune aide de l’Etat. Donc, il faut que le Président Sall corrige cette injustice. Il doit absolument le faire. Nous devons être logés à la même enseigne que les autres communes. Nous voulons aussi et surtout que les jeunes et les cadres de Sakal soient récompensés. Il n’est plus tolérable que tous les postes politiques (ministres, députés, membres du Hcct, du Cese) et les autres postes de directions soient attribués à des gens de Louga commune. C’est une question de justice parce que Louga ne fait même pas le tiers de l’électorat. Nous n’acceptons plus d’être réprimés par Louga. Il faut absolument que cela change. Sinon, nous de la périphérie seront obligés de nous organiser pour combattre Louga. Je dois même dire que c’est notre revendication principale. Vous ne pouvez pas apporter votre soutien à quelqu’un et, au lieu de vous sanctionner positivement, on vous réprime. Sans perspectives ni emploi, on ne pourra plus récupérer ma jeunesse.

Juste après la proclamation officielle des résultats, Macky Sall a lancé un appel au dialogue. Quel sens donnez-vous à cet appel ?
C’est une bonne chose qu’il ait fait cet appel. Je crois que c’est un appel qui vient à son heure. Je fais partie de la tranche des sages de ce pays. Et bien évidemment, j’apprécie hautement cet appel. Je souhaite tout simplement qu’il soit suivi d’effets immédiats sur le terrain. La physionomie de la marche politique de notre pays et se traduire en progrès dans tous les domaines : gestion de l’Etat, des collectivités locales, des ressources, de la justice, de l’éducation, de la santé, etc. Son premier appel n’avait pas donné tous les résultats attendus. Cette fois-ci, j’ose espérer que cela se traduira sur le terrain par des progrès dans tous les domaines. Il est temps dans notre pays de créer une atmosphère sereine pour transformer le potentiel énorme de notre pays. Franchement, cet appel vient à son heure. Nous qui sommes sur le terrain politique, depuis de nombreuses années, sommes inquiets de certains propos tenus lors de la campagne électorale. Notre pays ne mérite pas cela. Et je crois que le Président Macky Sall l’a compris et c’est le sens que je donne à cet appel.

Vous êtes visiblement préoccupés par certaines dérives notées durant la campagne électorale ?
Oui, c’est vrai. Je suis plus que préoccupé. En réalité, j’ai peur. Je peux même dire que c’est une préoccupation à la fois positive et négative. Positive, parce que nous avons un grand pays. C’est toujours possible de se relever, d’avoir une bonne base de travail, de réussir et d’arriver à des résultats concrets. En revanche, j’ai aussi une préoccupation négative. Il y a des germes qui commencent à pointer et qui me font vraiment peur. J’ai été choqué d’entendre certaines déclarations. Entendre des gens s’identifier à leur ethnie et à leur région m’a terriblement affecté. Heureusement que nous avons des chefs religieux avertis et qui ont vite désamorcé la bombe. J’ai bien apprécié la sortie du Khalife général des Mourides. C’est le même rôle que jouait Abdoul Aziz Sy Al amin. Je suis heureux de constater que son successeur est dans cette dynamique. Notre pays est par essence un pays de paix, de relation et de dialogue. Cela doit continuer pour le bien de tous. L’éthnicisme n’a vraiment pas sa place dans notre pays. Le bon voisinage et la compréhension sont une longue tradition au Sénégal.

Quelles perspectives pour le Sénégal ?
Elles sont très bonnes. Macky Sall a beaucoup fait lors du premier mandat. Il en fera certainement plus dans ce second mandat. Nous avons le gaz et le pétrole qui pointent à l’horizon ; tout cela m’emmène à prédire un avenir meilleur pour notre pays. Très franchement, je n’ai aucune crainte. De belles perspectives s’annoncent pour notre pays.

Le Soleil



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