Le diagnostic est fait. Le Port autonome de Dakar (Pad) est gravement malade. C’est du moins ce que révèle l’étude faite par le cabinet Performance group et commanditée par la nouvelle équipe du Pad dirigée par Aboubacar Sedikh Bèye. Arrivé à la Direction générale du Pad depuis septembre 2017, le successeur de Cheikh Kanté s’engage sur la voie de l’avenir, en éliminant un à un les goulots d’étranglement qui gangrènent les performances actuelles et futures du Pad et qui ont pour noms : congestion, manque d’espace et absence de réserve foncière, faible niveau d’investissement, insuffisance logistique par rapport à la demande, entre autres. Pour Aboubacar Sedikh Bèye, il faut anticiper sur les mutations profondes que connaîtra le Sénégal dans un horizon temporel pas très éloigné, avec l’exploitation prochaine du gaz et du pétrole.

Durant les cinq prochaines années, le Pad ambitionne de faire face à la rude concurrence des ports d’Abidjan, San-Pedro, Nouakchott, Conakry… Mieux, d’après Aboubacar Sedikh Bèye, le challenge est de capter le trafic sur le Mali, le Burkina, le Nigeria et même la Côte d’Ivoire. Pour cela, le Dg du Pad demande à son équipe de s’inspirer de l’exemple du Port de Singapour. «Singapour n’a pas de ressources, mais il a acquis son leadership grâce au génie de son peuple», dit-il. Aujourd’hui, rappelle M. Bèye, le métier du port est en train de changer. «Hier, la vocation du port c’était de bien accueillir des bateaux et de bien s’occuper des marchandises. Aujourd’hui, il s’agir de passer des produits et des services d’un point à l’autre. Ce n’est plus un métier portuaire. C’est un métier de logisticien où l’enjeu est de faire parvenir différentes marchandises chez le client au-delà du port via les rails et la route», explique-t-il. D’après lui, les plus performants dans ces domaines commencent à s’imposer et à centraliser une bonne partie du trafic de leur sous-région et deviennent des hubs régionaux.

FAIRE DE DAKAR UN HUB RÉGIONAL

Revenant sur l’étude, Victor Ndiaye de Performance Group souligne que pour garder la bonne santé du Pad, il y a deux facteurs : la croissance et la rentabilité. Il signale que les derniers chiffres révèlent que la croissance est là, mais que le Pad n’a plus de rentabilité, avec moins 73 % entre 2013 et 2016. «Quand on regarde la rentabilité, le port est vraiment malade», soutient Victor Ndiaye. Non sans faire savoir qu’aujourd’hui, le Pad a une rentabilité de 3%, au moment où ses concurrents sont à 20%. «Les trois facteurs (l’efficacité opérationnelle, la qualité des infrastructures et des équipements, la taille du marché et la connectivité logistique) font qu’un port est performant. Le Pad est malade parce qu’il y a beaucoup de goulots d’étranglement», fait-il comprendre. Pour ce qui est de l’efficacité opérationnelle, le Pad est à 3,2 jours d’attente pour les bateaux, au moment où le port de Lomé en est à 1 heure 30 minutes. Concernant la qualité des infrastructures et des équipements, le Pad est à un tirant d’eau compris entre 5 et 13 m, quand le port de Lomé est à 16 m». Face à ces difficultés, Aboubacar Sedikh Bèye apprend que le port de Ndayane va apporter les réponses. «Ndayane aura un tirant d’eau de 18 m et un domaine portuaire de plus de 1 800 hectares. Ndayane sera une réponse stratégique aux besoins de demain», rassure M. Bèye. «Le Pad est peu compétitif, mais il a d’énormes atouts. Et nos objectifs, c’est d’avoir d’ici à 2023, une satisfaction clientèle de plus de 25%, un chiffre d’affaires de 80 milliards FCfa et une rentabilité de 15%. Notre ambition est faire de Dakar un hub sous-régional», dévoile Aboubacar Sedikh Bèye.

«Dans les 12 mois à venir, si le train Dakar-Bamako ne démarrer pas, le Pad perdra les 70% du trafic qu’il a sur le Mali»
«La vision du Port autonome de Dakar (Pad) est de devenir le moteur du Plan Sénégal émergent (Pse). Notre mission est de satisfaire nos clients et d’améliorer la compétitivité de notre économie. Pour cela, il nous faut connaître nos clients et savoir leurs besoins. Nous faisons face à une rude concurrence. Lomé est devenu le premier port de transbordement de la sous-région, le corridor Nouakchott-Bamako est en train de se faire. Beaucoup pensent que le Mali n’a pas de port, parce qu’il n’a pas de côtes, mais il a 6 ports (Abidjan, San-Pedro, Guinée, Nouakchott…) où il peut débarquer ses marchandises. Nous voudrions donc nous engager sur la voie de l’avenir, en éliminant un à un les goulots d’étranglement qui gangrènent nos performances. Pour la décongestion du Pad, la réhabilitation des rails Dakar-Bamako devra se faire très rapidement. Le Pad est prêt à faire siffler le train (Dakar-Bamako) dans les 12 prochains mois, si on a le feu vert. Le trafic du Mali représente 18% du volume du trafic du Pad. Et il y a 5 ans, 75% de ce trafic partaient par le train. Aujourd’hui, c’est 0%. Ce train est un élément de compétitivité vital et dans les 12 mois à venir, si on ne fait pas siffler le train (Dakar-Bamako), le Pad pourrait perdre à jamais les 70% de trafic qu’il a sur le Mali», fait-il remarquer.

IGM


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