Le mandat des conseils communaux nouvellement installés sera marqué par d’importants défis que les élues conseillères sont prêtes à relever, en vue de faire tâche d’huile à l’heure du bilan.

Quatre femmes maires sur un total de soixante-dix-sept que compte le Bénin. Seulement 4 % de femmes élues conseillères sur un effectif de 1711 candidatures féminines aux communales de mai 2020. Ces statistiques quoique faibles ne dispensent pas les élues conseillères des challenges qui sont les leurs au cours de la nouvelle mandature des instances communales. Tout comme les hommes, elles sont appelées à mouiller le maillot afin de marquer leur mandature.
2026 est encore bien loin, mais le compte à rebours a commencé et les populations semblent être plus exigeantes envers elles que les hommes. Qu’elles soient élues maires, chefs d’arrondissements, ou encore simples conseillères, elles ont intérêt à faire parler leurs compétences pour se révéler.
Certaines n’ignorent pas les leviers à actionner dans ce sens. Philomène Chincoun, seule femme élue conseillère à Tori sur la liste de l’Union progressiste, mesure le poids du travail qui l’attend. « J’entrevois l’ampleur du travail qui m’attend dans un monde à 99 % masculin, mais j’y arriverai », confie-t-elle fièrement.
Son principal défi est d’œuvrer à l’amélioration des conditions de vie et de travail des populations: « Cela passe par ma part active à la promotion de l’économie locale axée sur l’agriculture, la valorisation du capital humain de la commune à travers l’obtention des meilleures statistiques en matière de scolarisation des filles, l’alphabétisation des femmes, la couverture en eau et en électricité… ».
Son second challenge, explique-t-elle, est d’œuvrer à la promotion de la femme dans la commune de Tori à travers des sensibilisations afin de faire comprendre à tous qu’une fille scolarisée aujourd’hui peut devenir cadre demain et participer aux instances décisionnelles.
Amsétou Amoussou Adamou, élue conseillère Fcbe à Manigri, mise pour sa part entre autres, sur la scolarisation de toutes les filles durant son mandat. «L’instruction est la clé de voûte de tout développement. Je dois me battre corps et âme en faveur de l’éducation des filles, et mener le combat contre le harcèlement sexuel en milieu scolaire », dévoile-t-elle.
La lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles est un chantier sur lequel elle entend s’investir à fond. « Je combattrai de toutes mes forces la maltraitance des filles et des femmes. Je vais dénoncer avec stratégie les harceleurs et leur faire appliquer la loi. Il est temps de faire comprendre aux parents que les choses ont changé et que la femme n’est pas faite seulement pour la cuisine », relève-t-elle.
Que dire des élues du Bloc républicain dont Karamatou Fagbohoun, élue maire à Adjara Ouèrè et Bibiane Adamazè à Toffo qui tablent sur le développement local à travers la promotion ‘’du made in Benin’’, la création de richesse au profit des femmes et des jeunes ou encore la promotion de l’éducation des filles !

Plus d’exigences vis-à-vis des femmes

Au-delà du champ politique, le sociologue Dodji Amouzounvi appréhende le rôle des nouvelles conseillères sous le prisme de la culture. « Au regard de l’héritage culturel et cultuel au Bénin, tout milite en ce qu’il n’y ait pas un jeu de rôle officiel, politique, public que joue la femme, même si culturellement et cultuellement, ce que nous voyons n’est que du vernis. Nos sociétés sont des sociétés de porte-parole. La femme mandate l’homme pour qu’il parle en son nom », explique-t-il. Or, la véritable détentrice de pouvoir, c’est la femme. Le premier défi pour les femmes élues, c’est de travailler à intégrer les automatismes sociaux.
Le second défi pour elles, développe le sociologue, c’est la compréhension de leur rôle, en tant que pionnières. « La manière dont elles gèreront les communes facilitera la cause commune. Tout dépendra donc du bilan qu’elles laisseront au terme de leur mandat », souligne-t-il.
Le troisième défi, insiste Dodji Amouzounvi, c’est la connaissance, la maîtrise, l’appropriation et la meilleure gestion du leadership féminin. « Dans le contexte béninois, ce leadership féminin n’est pas comparable au leadership masculin. Lorsque la femme élue sait qu’avant son leadership politique féminin, elle est l’épouse, la mère, la sœur ou la tante de quelqu’un, si elle assume ces statuts avec les contraintes qui vont avec, elles s’en sortirait au mieux. Mais si, au nom de la politique, elle doit faillir à son rôle de mère ou d’épouse, cela porte un coup à son leadership féminin.
Au surplus, le sociologue préconise une sorte de modélisation pour les nouvelles conseillères. « En plus de tout, la nouvelle élue doit être une femme modèle non seulement pour les jeunes, les femmes qui aspirent à la politique, mais également pour les hommes ».
En politique, la société est plutôt tolérante vis-à-vis des hommes, mais plus exigeante vis-à-vis des femmes. « Les femmes doivent mieux faire que les hommes. Au terme du mandat, elle doivent donner des effets de comparaison par rapport à la gestion des hommes, de telle sorte que leur bilan s’imposera en termes de morale politique vertueuse, de vertu, de sainteté, de savoir-faire, savoir-être et de savoir ».
Mais avant, il leur reviendra de travailler à déconstruire certaines conceptions sociales dans lesquelles l’humanité les a embrigadées pendant des années. « La politique, c’est comme des rapports Nord-Sud, d’intérêts, de leadership. Elles vont recevoir des coups et savoir aussi en donner. Les hommes ne leur feront pas de cadeau parce qu’elles sont du sexe féminin », avertit le sociologue, appelant les élues conseillères à davantage de dynamisme et de rigueur au travail pour laisser de belles empreintes en 2026.

beninsite.net


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