Dans son adresse à la nation sénégalaise hier à 20h, le Président de la République, a fait état d’une étude scientifique qui montrerait la possibilité d’un changement de direction des ouragans qui soufflent saisonnièrement sur les côtes Est et Sud-est des USA après avoir traversé l’Atlantique. Une telle éventualité qui tiendrait à un changement dans la circulation aérologique générale me fait froid au dos. En effet, nos pays, à l’état actuel de leur développement, n’ont pas encore l’infrastructure nécessaire pour faire face à de telles calamités. Un ouragan en Afrique de l’ouest serait simplement apocalyptique. Pourtant, il faut de plus en plus accepter la possibilité de survenance de ces excès climatiques sous nos cieux. À la vérité, le climat se dérègle. Au Sénégal, le mois d’août n’est plus le plus pluvieux. Un léger décalage est noté en faveur du mois de septembre devenu plus pluvieux. On note une désertification progressive de la zone tropicale soudano-sahélienne, une tendance à la tropicalisation de la zone tempérée, une fonte des calottes glaciaires dans les pôles. Au même moment, des pluies diluviennes s’abattent sur Nouakchott la désertique ou Niamey la sahélienne, causant des dégâts énormes et des pertes en vies humaines. 68 morts à Niamey, 6 au Sénégal, 3 au Burkina Faso ! En saison sèche, le thermomètre affiche de plus en plus au-delà de 40 degrés dans plusieurs régions au Sénégal. En Europe de l’ouest de telles températures sont de plus en plus notées.
Le changement climatique est une réalité dans le monde, et elle se manifeste par un certain réchauffement et un dérèglement des saisons, des températures, etc.
À l’origine de tout cela, notre boulimie consommatrice qui se traduit par une augmentation des émissions de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Toute solution passera inexorablement par la diminution desdites émissions, par le changement de nos modes de consommation, la séquestration du carbone grâce à une politique bien réfléchie de reboisement et de reforestation, car les plantes, du moins certaines espèces, en fonction de leur âge et de la température peuvent séquestrer des quantités importantes de carbone pour ainsi contribuer à la baisse des températures. Cependant, à un certain âge également ou quand elles meurent, elles peuvent être émettrices de gaz à effet de serre et contribuer à la hausse des températures. D’où l’importance de mettre en place une politique d’aménagement forestier qui ne consiste pas à « ensauvager » nos forêts, mais de les mettre en valeur par un reboisement approprié et une exploitation placée sous le signe de la durabilité. La Grande Muraille Verte est une solution pour l’Afrique sahélienne, le PSE Vert constitue également une solution pour le Sénégal. Je ne doute point de la compétence des gens chargés de la conduite de ces projets pertinents et opportuns. Mais au-delà de l’expertise, l’appropriation des populations, leur adhésion et la mobilisation communautaire constituent également des facteurs de réussite.
Par ailleurs les autorités étatiques, en plus du travail d’assainissement de nos cités qui les incombent, doivent clairement dire aux populations que dans le contexte climatique actuel, il faut malheureusement compter désormais avec les excès et les conséquences du changement climatique : inondations, sécheresses sévères, tempêtes de sables, avancées de la mer, salinisation des terres et de l’eau, incendies de forêt, tempêtes de neiges ailleurs, froid excessif. Aujourd’hui, on apprend à vivre en présence du coronavirus. Je crains également avec le changement climatique, qu’on apprenne malheureusement à vivre avec les excès climatiques et leurs conséquences. Loin de moi l’idée de verser dans le fatalisme. Je parle ici de mise en place de stratégies d’atténuation et d’adaptation, car nos pays en voie de développement ne sont pas les principaux émetteurs de gaz à effet de serre, mais ils subissent plus lourdement les effets néfastes de la surindustrialisation et de l’économie de consommation. La communication du Gouvernement doit également aller dans ce sens. Ensuite, il faudra, plus que par le passé s’employer à la mise en œuvre de mesures hardies d’adaptation et d’atténuation sur fond de gouvernance placée sous le signe de la transparence et de la reddition régulières des comptes au nom du droit à l’information des populations. Quel que soit le dimensionnement des ouvrages d’assainissement, rares sont les infrastructures qui résistent au déchaînement et à la furie de Dame Nature, même si les ouvrages doivent intégrer la question de la durée de retour des pluies fréquentielles. En d’autres termes, pour construire un pont, un ouvrage d’assainissement, une route ou un barrage hydraulique, il faut tenir compte, entre autres, des pluies ou crues exceptionnelles et surtout leur durée de retour (tous les 20 ans, 30 ans, etc.) pour bien dimensionner de tels ouvrages, garantir leur durée de vie et éviter certaines catastrophes. Des logiciels dédiés (Hydrom, Pluviom, etc. ) permettent de faire de telles prévisions.

Que Dieu sauve l’humanité !

Que Dieu protège le Sénégal !

Par Lamine SARR, Géographe Hydrologue,

Environnementaliste, Spécialiste du changement climatique et carbone.


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