De collectivité locale à territoriale : Quelle approche pour l’émergence de nos territoires ?

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Depuis le 30 mai 2018, au Sénégal, on ne parle plus de collectivité locale mais de collectivité territoriale. Désormais, les communes et les départements portent le nom de collectivités territoriales. L’Assemblée nationale a voté le projet de loi numéro 17/2018 prescrivant le remplacement, dans tous les actes administratifs et réglementaires, de la dénomination « collectivité locale » par « collectivité territoriale ». La question qu’on est tenté de se poser est de savoir pourquoi, le Gouvernement a attendu aussi longtemps pour faire voter cette loi. Cette question est d’autant plus légitime que la notion de collectivité territoriale est intégrée dans la Constitution depuis le 20 mars 2016 suite au référendum constitutionnel. Qu’à cela ne tienne. L’essentiel c’est d’aller au-delà des concepts en leur donnant un contenu clair, précis et mesurable. Ce qui est le plus important ce n’est pas le changement d’appellation mais le changement de paradigmes. Il nous faut, pour donner un sens à cette loi, repenser notre système de décentralisation mais aussi réinventer la gouvernance des territoires, le vivre ensemble et la participation citoyenne. C’est ce qui permettrait à toutes les composantes de la population, notamment les plus vulnérables ou exclus, de participer activement à la production, l’application, la gestion, l’évaluation et l’évolution des normes et institutions qui organisent le vivre ensemble et les territoires.
C’est pour dire que le citoyen doit être au cœur de la gouvernance territoriale avec une décentralisation orientée vers le territoire dans toute sa diversité. On parle de territorialisation des politiques publiques. Mais le terme est galvaudé aujourd’hui dans notre pays. Tout le monde en parle mais peu en mesure la portée.

VERS UN CHANGEMENT DE PARADIGMES : D’UN ETAT INTERVENTIONNISTE A UN ETAT RÉGULATEUR

Le concept de territoire est une notion riche et chaque discipline lui prête un contenu spécifique. Le géographe à son territoire, l’agronome le sien, comme le sociologue, l’aménagiste ou l’économiste. En réalité, le territoire est un système complexe de relations et d’échanges. Il est associé simultanément à l’espace géographique, à des réalités économiques et sociales, à des représentations culturelles et idéologiques. C’est une construction collective qui est à la fois le produit et la condition pour la production des ressources. C’est un espace « pertinent » pour la mise en œuvre de la gouvernance et des politiques publiques.
En effet, les pratiques de développement local doivent se renforcer et évoluer vers le développement territorial. Celui-ci suppose d’activer les relations sociales porteuses d’innovation et d’organiser les ressources territoriales et de concevoir un projet de territoire. Pour ce faire, l’Etat doit passer d’un Etat « interventionniste » à un Etat « régulateur » en organisant les cadres de l’action publique mais laissant de plus en plus souvent son opérationnalisation et son financement aux acteurs territoriaux.
Dans cette nouvelle gestion publique, l’Etat est centré sur ses fonctions de pilotage et valorise les initiatives territoriales, la gestion par projet et la responsabilité, mais il reste maîtres des cadres généraux dans lesquels celles-ci doivent s’inscrire. Cette nouvelle logique de développement territorial doit mettre l’accent sur l’augmentation de la capacité des acteurs à maîtriser les dynamiques d’évolution qui les concernent. Ce qui nécessite de nouvelles compétences d’accompagnement parmi lesquelles, le coaching territorial.

LE COACHING DE NOS TERRITOIRES : UN IMPÉRATIF DE DÉVELOPPEMENT

Le coaching territorial est défini comme étant une approche transversale qui se concentre sur la gestion de la dynamique humaine. C’est un processus qui accélère et favorise la prise de responsabilité des acteurs d’un territoire donné pour qu’ils puissent définir leur propre développement. Souvent, la difficulté de mise en synergie des acteurs apparait comme un frein à l’enclenchement de la dynamique de développement. Ce sont les comportements et les attitudes qui sont à la base des plus grandes réussites comme des plus grandes résistances au changement.
Le Coaching Territorial vise justement à s’appuyer sur les talents et compétences locaux pour contribuer au développement du territoire en agissant sur les complémentarités des parties prenantes (collectivité territoriale, société civile, média, élus, agences ou administrations publiques), tant dans la fixation des priorités et dans les engagements pris.
Une double intégration horizontale et verticale devrait aboutir à maximiser les résultats des actions de développement.
Le territoire n’est pas seulement un espace complexe, c’est également un espace producteur de valeurs économiques, culturelles, sociales et politiques, donc un lieu émotionnel, affectif où se jouent les relations de confiance et de solidarité.
Il est sans équivoque concevable que nos collectivités territoriales ont besoin de coaching pour sortir de la fragilité en vue d’aller vers l’attractivité et la viabilité. C’est ce que le Conseil départemental de Kaolack a compris en se dotant récemment d’un centre de Coaching Territorial, fruit de la coopération entre la région Orientale du Maroc et le département de Kaolack. Ce centre, le deuxième du genre en Afrique, devra jouer un rôle important pour booster l’économie de Kaolack.

Par Cheikh NDONG, Juriste, spécialiste de l’information et de la communication, Chargé de 2CD


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