Les rideaux sont tombés sur les « Rencontres d’Abidjan sur les villes africaines » qui ont eu lieu à Abidjan les 27 et 28 février derniers. Abidjan.net, vous propose , ci-dessous, la déclaration finale qui dressent les résolutions finales.

1. Nous, Acteurs de la Ville Durable Africaine de plus de 30 pays de l’UEMOA, d’Afrique et de la France réunis aux Rencontres d’Abidjan sur les Villes Durables les 27 et 28 février 2020 en Côte d’Ivoire en préparation du Sommet Afrique-France 2020,

RECONNAISSONS collectivement que :

2. les Villes et les collectivités sont des acteurs de premier plan du développement durable par leur capacité à contribuer à la prise en charge des enjeux de l’urbanisation et à répondre aux enjeux du développement conformément, d’une part, à l’objectif 11 des Objectifs de Développement Durable (ODD) de l’Agenda 2030 adopté en septembre 2015 par les 193 États membres des Nations Unies et, d’autre part, aux récents accords internationaux ;

3. l’approfondissement des ODD, par le Nouvel Agenda Urbain des Nations Unies adopté en juin 2016 à Quito comme référentiel mondial pour une urbanisation durable promouvant des « villes sûres, inclusives, productives, résilientes et durables », a ouvert une nouvelle ère de développement centrée sur l’humain ;

4. la pérennisation du Forum Ministériel Africain sur l’Habitat et le Développement Urbain (FOMAHDU) comme mécanisme de concertation régionale entre les acteurs de la ville en Afrique, de suivi-évaluation du Nouvel Agenda Urbain et comme instrument de renforcement de la coopération sud-sud et du partenariat entre les Etats africains, particulièrement au niveau décentralisé, est nécessaire ;

5. le sujet de la ville est dorénavant au centre de toutes les attentions, par les défis et les opportunités qu’il représente. C’est particulièrement révélé pour les villes africaines dont la population a doublé ces 20 dernières années et va tripler entre 2015 et 2050 pour dépasser le milliard d’africains et représentant presque 60% de la population africaine ;

6. l’intégration des Gouvernements Régionaux et Locaux par les États dans les mécanismes de mise en œuvre de ces accords pour l’atteinte des Objectifs de Développement Durable représente une opportunité fondée sur le principe de subsidiarité pour satisfaire de façon urgente, concrète et efficiente les besoins des citadins ;

7. les gouvernements centraux et locaux africains, avec une croissance urbaine deux fois plus rapide que celle connue dans l’histoire de l’Europe doivent répondre à des besoins croissants de fournitures de services de base, d’infrastructures et d’aménagement urbain tout en relevant les défis liés au changement climatique, à la transition énergétique, aux transports et mobilité de personnes et de marchandises, aux informalités, notamment de l’économie, aux migrations, à la préservation des ressources naturelles et de la biodiversité, à la formation, à l’emploi des jeunes et des femmes ;

8. les gouvernements centraux doivent être incités à élaborer et à mettre en œuvre des politiques nationales dédiées à la ville à l’instar de la Côte d’Ivoire ; seuls 30% des pays africains en disposent ;

les gouvernements centraux et les collectivités locales doivent prendre en compte la dimension métropolitaine comme fait majeur d’organisation des villes avec l’existence, à ce jour, d’environ 90 villes de plus de 1 million d’habitants, contre 3 seulement en 1950, représentant environ 500 millions de citadins tout en considérant la nécessité d’accompagner le développement des villes intermédiaires et transfrontalières dans les prochaines années risquent d’être confrontées aux mêmes difficultés que les grandes villes actuelles ;
10. l’absence de cadres et d’outils pour développer des projets concrets entre différents acteurs qui dépassent le cadre des conférences nécessite la création de structures de gouvernance métropolitaine et de co-production pour faire face aux défis des grandes métropoles comme les inégalités sociales et spatiales, la pollution, la congestion, l’insécurité, l’accès aux services urbains, au foncier et au logement abordable ;

11. la réussite de la transition vers des villes durables africaines requiert des environnements propices tant en termes de gouvernance politique, juridique et territoriale, de transparence, de planification, de renforcement des capacités et de mobilisation de l’expertise technique, de mise en place de véritables structures d’ingénierie territoriale en appui aux décideurs, comme les agences d’urbanisme, que de mécanismes de financement institutionnels et privés ;

12. le prochain Sommet Afrique France 2020 à Bordeaux pour sur le thème « Villes et territoires Durables » qui réunira les Chefs d’État, les Ministres, les élus locaux et l’ensemble des acteurs de la ville autour de solutions existantes et inspirantes pour promouvoir des modèles de développement de villes durables en Afrique est une réelle opportunité pour engager des actions de transformation d’ampleur.

DÉCIDONS collectivement :

13. de concrétiser l’engagement mondial des Objectifs du Développement Durable que « personne ne soit laissé pour compte » («leaving no one behind») en le plaçant comme le socle et la finalité de toutes les stratégies et initiatives consistant à faire de nos villes des espaces intelligents, inclusifs, résilients, « vivables » et durables au service de ses habitants qui se l’approprient ;

14. d’appeler nos gouvernements à définir et mettre en œuvre des « politiques nationales de la ville » et des territoires :

– qui s’inscrivent dans une problématique globale d’aménagement et de développement territorial créant ainsi une alliance forte entre l’urbain et le rural ;

– qui seront élaborées de manière participative et consensuelle par l’implication des gouvernements nationaux et locaux et de la société civile ;

– qui définiront les orientations générales pour l’émergence de villes intelligentes, résilientes et durables, les mécanismes de financement et de fournitures d’infrastructures et de services abordables, de génération d’emplois et d’opportunités, de création et de partage de richesse, de prise en compte des besoins spécifiques à chaque catégorie de citadins, y compris les personnes vulnérables ;

– qui prennent en compte l’écosystème caractéristique d’une morphologie de nos villes, lesquelles intègrent en leur sein des champs, le tout constituant un laboratoire pouvant préfigurer la ville durable de demain.

A cet effet, nous nous ENGAGEONS collectivement :

15. à élaborer, en utilisant les outils modernes et innovants en matière de planification, d’aménagement et de gestion, des politiques urbaines :

– permettant d’appréhender la ville durable selon une démarche différenciée qui tienne compte de l’échelle des métropoles en tant que moteurs de transformation durable, les villes intermédiaires en tant que vecteurs de la résilience sociale, économique et environnementale, et les petites villes en tant que leviers de développement local et encadrées pour le monde rural ;

– prenant en compte l’évolution démographique, la nécessité d’assurer une véritable urbanité aux populations des quartiers périphériques (environ 60% de la population urbaine), l’émergence de nouveaux besoins et des spécificités des différents habitants qui ont droit à l’accès au foncier, au logement abordable et aux services urbains pour vivre dans un environnement qui s’adapte à leurs besoins tout en préservant les ressources naturelles et la biodiversité ;

16. à restaurer et assurer le bon fonctionnement des écosystèmes urbains, et à faire de la prévention et de la gestion des risques de catastrophes naturelles provoqués par les activités humaines, des conditionnalités non négociables de protection des populations et des activités humaines dans des villes et territoires résilients, dotés des mécanismes, partagés et connus de tous, aptes à prévenir les risques et à gérer les catastrophes de toute nature ;

17. à prendre en compte, dans les futurs projets urbains, l’intégration des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique au niveau des villes pour des services et des infrastructures efficientes et de qualité et favorisant une transition décarbonée, notamment, en matière d’électrification des bâtiments publics et d’éclairage public, de production d’énergies renouvelables locales et nationales (solaire, méthanisation) et de solutions constructives basées sur les matériaux locaux bio-sourcés ;

18. à organiser les conditions de financement de la ville durable dans le long terme en assurant les environnements législatifs et légaux pour réguler l’investissement, en structurant les intermédiations financières nécessaires, en renforçant les capacités d’agir des collectivités locales sur la diversification des financements et en soutenant l’innovation financière pour mobiliser l’investissement nécessaire ;

19. à assurer les conditions de bonne gouvernance de la ville durable africaine par une forte dynamique de co-construction et de co-production multi-partenariale des différents acteurs en corrélant les moyens financiers des collectivités territoriales à leurs missions, en favorisant les partenariats publics/privés pour l’émergence de solutions durables, et en concrétisant de manière pratique, les décisions consensuelles adoptées par les différents acteurs ;

20. à développer une ingénierie territoriale, comme les agences d’urbanisme, pour appuyer les décideurs nationaux et locaux dans leur compréhension des dynamiques territoriales, dans la préparation des politiques et stratégies de développement et d’aménagement territorial et urbain et faciliter le débat public sur la ville durable ;

21. à fournir aux citoyens des services et des infrastructures urbaines efficaces, sécurisés, abordables pour tenir compte de la croissance urbaine rapide des villes africaines avec des citoyens plus attentifs aux prises de décisions et actions engagées par les élus locaux. Avec les innovations technologiques disponibles pour gérer le fonctionnement de services et d’infrastructures urbaines, de nouvelles solutions peuvent être déployées, notamment, en matière de transport/mobilité, d’éclairage public, de santé, d’éducation, de salubrité et de gestion des déchets ;

22. à promouvoir, en matière d’habitat urbain et de fournitures de logements décents, des pratiques inspirantes pour accompagner des programmes et des solutions innovantes, notamment par le développement de logements abordables en quantité suffisante ; et le cas échéant, un secteur locatif, pour répondre aux besoins de la population urbaine actuelle et à venir, assurer une meilleure intégration des citadins et éviter les fractures et exclusions d’ordre social, économique ou financier ;

23. à encourager et à intégrer l’économie sociale et solidaire comme un vecteur d’inclusion sociale dans la ville durable en prenant en compte aussi le secteur informel ;

24. à soutenir l’économie circulaire comme un levier de création d’emplois, et de promotion de la stratégie de croissance verte ;

25. à mettre la participation concrète des femmes et des jeunes au cœur de nos futures politiques et actions urbaines de promotion de l’économie verte, qui réunit les piliers économiques et environnementaux du développement durable, tout en y associant la dimension sociale qu’induit la contribution des femmes pour l’émergence des villes de demain ;

26. à éradiquer, à travers une coalition forte de tous les acteurs de la ville centrée sur des dispositifs et des mécanismes appropriés, le fléau que constituent les enfants en situation de rue marginalisés et exposés à toutes sortes de tentations (banditisme, rébellion, terrorisme, etc.) dont la persistance constitue une violation flagrante des droits de l’Homme qui ne saurait être acceptable dans un monde dit évolué, pour leur apporter sécurité, moyens de subsistance et éducation ;

27. à accueillir, à protéger et à porter assistance aux populations victimes de déplacements internes, notamment celles provenant des zones de conflits ou victimes de catastrophes naturelles, à travers la mise en place de dispositifs fournissant des solutions durables aux communautés de déplacés et l’intégration de mécanismes prévisionnels d’accueil, de prise en charge et d’accompagnement des déplacés dans les politiques nationales de la ville que nous encouragerons à adopter ;

POUR CELA, NOUS APPELONS

28. à participer au sommet Afrique-France sur la ville durable qui permettra de partager des solutions, à toutes les échelles pour répondre à ces engagements ;

29. à préparer une charte des chefs d’Etat présents au sommet Afrique-France visant à soutenir et à mettre en œuvre des solutions innovantes de ville durable, s’engageant à apporter des réponses coordonnées et intégrées pour traiter ensemble les différents enjeux, pour construire la ville durable dans chaque pays et prévoyant les conditions de suivi régulier de son avancement ;

30. à la constitution d’une Alliance des Ministres de la Ville d’Afrique :

– qui soit un espace de dialogue entre les Ministres et avec les acteurs de la ville durable, dont les élus locaux et régionaux, les bailleurs de fonds et les professionnels de l’urbain ;

– qui permet à la fois de s’entendre sur les positions communes et partagées sur la Ville Durable, de promouvoir la coopération et l’échange de pratiques inspirantes entre les Ministres et de construire des programmes conjoints de renforcement de leur capacité d’action, notamment en invitant les gouvernements africains à adopter des politiques nationales de la ville ;

– qui pourrait mettre en place un réseau des Ministres en charge des questions de la Ville dans le cadre du suivi de la déclaration d’Abidjan et des acquis du Sommet de Bordeaux.

31. EXPRIMONS notre profonde gratitude et nos sincères remerciements à son Excellence Monsieur Alassane OUATTARA, Président de la République de Côte d’Ivoire, au Gouvernement et au Peuple ivoiriens, notamment Monsieur le Ministre de la Ville François Albert AMICHIA, et la Commission de l’UEMOA pour toutes les facilités mises à notre disposition afin d’assurer le plein succès des travaux.

32. DEMANDONS :

– Solennellement à SEM Alassane OUATTARA Président de la République de Côte d’Ivoire et Président en exercice de la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de l’UEMOA ; et Monsieur Abdallah BOUREIMA, Président de la Commission de l’UEMOA, de porter, en notre Nom, cette déclaration auprès des chefs d’Etat de la Commission de l’UEMOA, de l’Union Africaine puis au Sommet de Bordeaux.

– Au Ministre de la Ville de Côte d’Ivoire, Monsieur François Albert Amichia, de constituer l’Alliance des Ministres en mobilisant ses pairs d’ici le Sommet de Bordeaux, et en organisant une feuille de route à présenter durant le Sommet.

– Au Ministre de la Ville de la République Française, Monsieur Julien Denormandie, d’inviter à la tenue d’une réunion de l’Alliance des Ministres Africains sur la Ville durant le Sommet Afrique France à Bordeaux.

Fait à Abidjan, le vendredi 28 février 2020


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