Le mode d’élections locales au suffrage universel indirect, actuellement en cours au Sénégal, a-t-il atteint ses limites ? Selon des acteurs, des observateurs de la scène politique et des citoyens, laisser les conseillers municipaux élire, parmi eux, un maire a ouvert la porte à des pratiques aux antipodes de la morale. Ils déplorent, au moment de procéder au choix ultime, parfois des alliances politiques contre-nature, des cas de tractations, de lobbyings, d’achat de conscience, etc., pour obtenir des voix de conseillers électeurs. En 2013 déjà, trois députés avaient proposé de changer ce système en adoptant à la place l’élection au suffrage universel direct. Selon des acteurs, permettre aux citoyens d’élire directement leurs maires a l’avantage de réfléter leur choix, d’éviter les travers susmentionnés. Bref, les maires ne seront redevables que devant leurs citoyens, ce qui est interprété comme un progrès démocratique.

Une quasi-unanimité des acteurs

De plus en plus, la question de l’élection des maires au suffrage universel direct est agitée. Aussi bien auprès des populations, des acteurs politiques que dela société civile, l’idée fait son chemin. Tous s’accordent à vouloir changer le mode d’élection afin de permettre aux populations de se choisir, elles-mêmes, leur maire. Pour beaucoup, cela ne contribuerait qu’au renforcement de la démocratie.

Jusqu’ici, les maires sont élus au suffrage universel indirect. Ce sont les conseillers municipaux, eux aussi portés à cette fonction à l’issue d’élections locales, qui élisent à leur tour l’un d’entre eux au poste de maire. Mais parfois, l’issue du scrutin final ne reflète pas toujours le choix des citoyens. D’où la proposition faite, ces derniers temps, de changer de mode de scrutin en adoptant le suffrage universel direct pour être sûr que le premier magistrat d’une commune sera celui que les populations en majorité se sont choisis et non les conseillers. Cette idée n’est pourtant pas une première. En 2013, le député Cheikh Tidiane Diouf et deux de ses collègues parlementaires du département de Tivaouane déposaient une proposition de loi relative au changement du mode d’élection des maires au Sénégal. Dans l’exposé des motifs, les trois parlementaires expliquaient qu’ils veulent mettre un terme aux tractations et lobbyings de dernière minute faits par les uns et les autres pour s’adjuger le poste de maire, alors que le plus souvent, ils ne disposent d’aucun programme pour les populations. L’engagement de ces personnes même laisse à désirer.

Mettre fin aux tractations, lobbyings et achats de voix
Pour M. Diouf et ses collègues, il faut passer au scrutin universel direct et permettre aux citoyens, eux-mêmes, de choisir leur maire. « C’est parce que nous avons vécu les conséquences indirectes de cette élection du maire que nous avions fait une telle proposition. Partout au Sénégal, vous voyez des gens qui sont dans des listes qui ne font pas de campagne, qui n’ont aucun engagement et attendent le jour de l’élection pour sortir de l’argent et acheter des conseillers. Parce que beaucoup de ces conseillers n’ont pas cette conscience politique pour appréhender certaines choses. Ils profitent aussi du niveau de pauvreté de ces conseillers, de leur vulnérabilité pour acheter leurs consciences », explique Cheikh Tidiane Diouf, candidat malheureux à la mairie de Tivaouane en 2009. Lui et Cheikh Tidiane Ndiaye de Mboro ont durement vécu leur déconvenue dans leurs localités respectives. Et ils entendaient, à travers leur proposition de loi, changer les choses et surtout « barrer la route » à ces personnes qui utilisaient les conseillers municipaux pour réaliser leur rêve. « Cette proposition est malheureusement restée sans suite parce que, politiquement, l’Apr n’était pas prête à faire ce pas qualitatif dans la consolidation de la démocratie », commente, aujourd’hui, cet ex-député.
Pour autant, maintenant, plus que jamais les élus locaux sénégalais ont senti la nécessité de changer le mode d’élection des maires. Les maires en fonction, les acteurs politiques et les membres de la société civile sont quasi unanimes à vouloir opérer ce changement. Habib Niasse, maire de Taïba Niassène, dans la région de Kaolack, se dit favorable à une telle réforme. « Personnellement, je milite en faveur de cette élection au suffrage universel direct, parce que j’ai eu à souffrir de cette situation au sein du Conseil municipal.

« Une revendication juste »
La plupart du temps, vous faîtes une bonne campagne électorale, les gens vous soutiennent et, une fois arrivé au Conseil municipal, les problèmes commencent, ce qui est souvent ubuesque », déplore le secrétaire chargé des relations extérieures, des finances et de la recherche de partenariats de l’Association des maires du Sénégal (Ams). Pour lui, le simple fait de donner aux conseillers le droit d’élire le maire est assimilable à un « détournement des voix » des populations. Une idée à laquelle adhère le maire de la commune de Rufisque Est, Boubacar Albé Ndoye, qui se dit, lui aussi, favorable à la réforme. « Les populations ne sont pas toujours sûres d’avoir le maire qu’ils ont élu. Il y a toujours des tractations qui font que quelqu’un qui n’est pas méritant peut, à tout instant, être élu maire, parce qu’il a les moyens financiers. Il est bon que les gens votent pour élire leur maire et cela ne fera que renforcer la démocratie », martèle l’édile de Rufisque Est. Lui-même garde en mémoire les dernières élections locales à Rufisque où certains candidats, sous prétexte qu’ils bénéficient d’une capacité financière très large, ont fait toutes sortes de tractations pour s’arracher les voix des conseillers municipaux. Or, selon Boubacar Albé Ndoye, l’élection au suffrage universel direct aura le mérite de bannir ces « viles pratiques ».
Babacar Fall, secrétaire général du Groupe de recherche et d’appui conseil pour la démocratie participative et la bonne gouvernance (Gradec), s’est récemment prononcé sur la question, relevant que dans la pratique actuelle, une personne tête de liste majoritaire qui conduit la liste sortie victorieuse, n’est pas pour autant assurée d’être maire ; alors que les populations ont accordé leurs suffrages à la liste grâce à la personne qui l’a dirigée.
Il est donc temps de revoir tous ces manquements liés à ce mode d’élection des maires qui n’est pas toujours sans conséquences. « Cette situation a conduit certains maires à se comporter comme bon leur semble, car ne se considérant pas redevables vis-à-vis des populations. C’est justement pour mettre fin à cette situation que certains acteurs politiques ont proposé le changement du mode d’élection pour faire en sorte qu’à l’issue de l’élection, les populations sachent qui sera leur maire », explique-t-il, ajoutant qu’une telle réforme donnerait du crédit à « une revendication juste dans le principe », mais qui donnera au maire élu au suffrage universel direct une meilleure légitimité conférée par ses administrés. Cette quasi-unanimité des acteurs sur la question réconforte, aujourd’hui, Cheikh Tidiane Diouf et ses deux autres homologues parlementaires qui avaient déposé la proposition de loi. « Sans nous glorifier, nous avons une satisfaction interne. Car l’objectif visé par tout homme politique est de faire des propositions qui fassent avancer la République et la démocratie », soutient M. Diouf.

MOUNDIAYE CISSE, COORDONNATEUR DE L’ONG 3D : «Il y a encore des réglages à faire sur les modalités d’application»

out comme la plupart des acteurs politiques, les membres de la société civile sénégalaise s’accordent sur l’élection des maires au suffrage universel direct. Ils l’ont fait savoir, hier, lors de la présentation de leur recueil de « Contributions citoyennes » qui leur a permis de se prononcer sur différentes questions. « S’il y a unanimité sur la question, il y a dissonance sur comment y arriver. C’est-à-dire sur les modalités », relève tout de même Moundiaye Cissé, coordonnateur de l’Ong 3D. Pour lui, l’option choisie par les membres de la société civile est de faire élire le maire au suffrage universel direct et les adjoints de façon indirecte, c’est-à-dire par le collège des conseillers. Seulement, la méthode utilisée pour les maires des communes ne peut pas être la même pour les maires de ville. Pour la commune, souligne-t-il, le maire élu doit être « le candidat occupant le premier rang de la liste majoritaire » ayant obtenu le plus de suffrages valablement exprimés. Tandis que l’élection du maire de la ville au suffrage universel direct est « techniquement et matériellement impossible ». Ce qu’il y a lieu de faire, selon Moundiaye Cissé, c’est de revoir le mode d’élection des conseillers de la ville en restaurant le système en vigueur avant la réforme de l’Acte 3 de la décentralisation.
Par conséquent, le coordonnateur de l’Ong 3D estime qu’il est nécessaire de rétablir la liste proportionnelle de la ville et d’imprimer sur chaque bulletin de vote, la photo du candidat tête de liste. Celui qui est élu maire de ville directement est le candidat occupant le premier rang de la liste proportionnelle ayant obtenu le plus de suffrages valablement exprimés.
En cas de vacance de poste du maire par décès, démission ou empêchement définitif pour toute autre cause du maire de la commune ou de la ville, la suppléance est assurée par l’un des adjoints dans l’ordre de leur élection. Mais il sera procédé à l’élection d’un nouveau maire au suffrage universel indirect dans les trois mois qui suivent la constatation de la vacance. 

La fonction de maire, un fauteuil convoité

Fonction honorifique avec des enjeux politiques multiples, le poste de maire intéresse plus d’un au Sénégal.
D’autant plus qu’avec l’Acte 3 de la décentralisation, la communalisation intégrale est, désormais, de mise. Aujourd’hui, même si l’Etat a récemment intégré le parrainage aux différentes listes ou coalitions en lice, les appétits semblent de plus en plus s’aiguiser. C’est parce qu’être maire aussi donne à l’occupant du fauteuil convoité bien des faveurs. Car dans l’article 106 du Code général des collectivités territoriales (Cgct), relatif aux pouvoirs et attributions du maire, il est chargé, en tant que représentant de la collectivité qu’il dirige, de gérer les revenus, de surveiller les services et la comptabilité communale. Il propose un budget, ordonne les dépenses et prescrit l’exécution des recettes. Dans le même temps, il souscrit aux marchés, passe les baux des biens et les adjudications des travaux communaux, selon les règles établies par les lois et règlements. Un maire a aussi le pouvoir de nommer aux emplois communaux. Enfin, dans sa circonscription, le maire est le représentant du pouvoir exécutif auprès des populations. A ce titre, il est chargé de l’autorité du représentant de l’Etat (article 107). Une telle posture lui donne aussi le droit de publier et d’exécuter des lois, des règlements et des décisions du pouvoir exécutif. Il est aussi chargé de l’exécution des mesures de sûreté générale. Autant d’attributions conférées au maire qui expliquent, peut-être, cette convoitise du poste.

CHEIKH DIENG, MAIRE DE DJEDDAH-THIAROYE KAO : «Mettre fin au système de corruption et de mic-mac»

Maire sortant de la commune de Djeddah-Thiaroye Kao, Cheikh Dieng pense que cette proposition présente plus d’avantages que d’inconvénients. « J’ai toujours dénoncé tout le système de corruption et de mic-macs qu’il y a entre conseillers pour l’élection du maire au second degré », soutient-il.  L’édile de Djeddah-Thiaroye Kao pense que le scrutin au suffrage universel direct permet d’asseoir une plus grande légitimité du maire élu et davantage de transparence dans le mode d’élection. Cela permettra aux électeurs, dit-il, avant d’aller jeter leurs bulletins dans l’urne, de savoir déjà pour qui ils vont voter. Ce qui évite le détournement des suffrages des électeurs par les conseillers élus au premier tour. A son avis, ce sera un avantage pour les maires sortants dont le bilan sera évalué, puis sanctionné positivement ou négativement par les citoyens.   

ALIOU SOW, MAIRE DE LA COMMUNE DE THIES-OUEST : «Cela renforce la démocratie»

Selon le maire de la commune de Thiès-Ouest, favorable à l’élection des maires au suffrage universel direct, ce mode de scrutin permettra de régler beaucoup de problèmes dont celui des maires non-résidents mais aussi de résoudre l’équation du profil des élus. « Les gens se trompent souvent sur le choix des maires. Beaucoup pensent que pour être un bon maire, il faut être un intellectuel. C’est pourquoi des gens se cachent derrière les listes pour être élus au détriment de personnes beaucoup plus légitimes.
C’est ce qui est arrivé à Saint-Louis et à Guédiawaye. Je ne le dis pas parce que je suis dans l’opposition, mais c’est ma conviction », a estimé l’édile de la commune de Thiès Ouest. Pour ce membre du parti Rewmi, ce débat transcende les partis politiques. « Même si demain nous arrivons au pouvoir, je vais continuer à défendre et à consolider cette idée qui, pour moi, contribue au renforcement de la démocratie. Je ne trouve pas logique qu’un groupe de personnes s’enferment après des élections pour élire un maire autre que celui choisi par les populations », a insisté M. Sow. Le poste de maire ne doit pas être une fin en soi, pense-t-il. « Je ne vois pas pourquoi les gens doivent s’y accrocher. On doit tous respecter la volonté populaire et partir en cas de non élection », a-t-il laissé entendre.

MALICK FALL, DEPUTE-MAIRE DE DIOURBEL : «L’actuel mode de scrutin est un leurre»
Selon le député-maire de la commune de Diourbel Malick Fall, si la proposition d’élire les maires au suffrage universel direct est adoptée, le vote des populations ne sera plus détourné. « C’est le meilleur choix pour les électeurs. Cela va renforcer le pouvoir du maire et lui donnera plus de légitimité », a-t-il apprécié. A l’en croire, « l’actuel mode de scrutin n’est qu’un leurre ». Parce que présenter aux populations une liste de potentiels élus municipaux afin de solliciter leur approbation pour briguer la majorité des sièges d’un conseil municipal local, et en sortir le futur maire, frise presque « l’irrespect », dit-il. Interpellé sur les avantages du suffrage universel direct, il estime qu’une fois élu, le maire saura qu’il ne doit rendre compte qu’aux populations de sa localité. « Le maire n’aura plus peur de certains conseillers qui ont voté pour lui », a-t-il mentionné.

KHALIDOU SY, MAIRE DE MEDINA YORO FOULAH : «Avec une telle élection, l’édile sera plus engagé»
La proposition d’élire les maires au suffrage universel direct évoquée lors des Assises du dialogue national est bien accueillie à Médina Yoro Foulah. Pour le maire, Khalidou Sy, cette proposition qui entre dans la promotion de la démocratie locale au Sénégal, permettra de garantir la fiabilité de notre système électoral où personne ne pourra plus jamais voler le suffrage universel des populations. « C’est avec un réel plaisir que nous avons appris qu’il est ressorti du dialogue national la proposition d’élire les maires au suffrage universel direct. En ma qualité de maire, j’apprécie cette proposition et elle est en phase avec la préoccupation de la population car l’histoire a montré que celle-ci vote le plus souvent pour la tête de liste », a déclaré Khalidou Sy. Il pense que le maire qui est élu au suffrage universel direct sera plus engagé à travailler pour sa commune et fera tout pour obtenir de bons résultats durant son mandat afin de mériter la confiance des populations. Ces dernières vont également accepter volontiers de participer au développement de leur collectivité et soutenir les mesures prises par le Conseil municipal notamment en matière d’investissement.

KALIDOU BA, ADJOINT MAIRE DE SAINT-LOUIS : Les maires seront «bien élus»

Quand Kalidou Ba, adjoint au maire de la commune de Gandon, évoque la question de la proposition de suppression du système d’élection des maires, il ne peut s’empêcher d’afficher un rictus, pour dire son ressenti face à cette  décision. Il se rappelle appliqué ce système d’élection indirecte, lors des dernières consultations locales de 2014. « Nous avions fait campagne en proposant l’actuel maire Khoudia Mbaye, pour présider aux destinées de la commune ». Gandon savait que la liste de Bennoo Bokk Yaakaar proposait l’actuel maire comme candidat. Et pourtant, «  moi qui suis de l’Apr, j’avais des ambitions, mais il fallait que je les taise, car les populations, en votant pour nous, voulaient du responsable de la Ligue démocratique comme maire et nous ne devions pas trahir leur suffrage », note l’adjoint au maire. Kaliodu Ba a dénoncé les deals qu’il y avait après le choix des conseillers et qui faussaient le vote. La justesse de cette proposition trouve son sens dans le fait que l’on aura des maires « bien élus », dit-il. Les responsables de la commune pourraient s’affranchir des deals politiques et autres lobbyings des milieux d’affaires, qui vont jusqu’à acheter des suffrages au moment du choix de l’édile; estime-t-il. Selon Doro Mbaye, maire de Mbolo Birane, la dernière collectivité locale de la région de Saint-Louis, située dans le département de Podor, , des coalitions avec des candidats qui ont un bon ancrage seront en compétition, dans les collectivités, d’où de belles empoignades en perspective. Mais le plus important, pense-t-il, est de mettre en place un bon procédé, avec moins d’écueils possibles pour tous les acteurs.

Moustapha Lô Diatta, maire de Djignaki : «Cela renforcera la légitimité de l’élu»   
Le maire Djignaki (département de Bignona); Moustapha Lô Diatta, a estimé que c’est une « très belle idée » de faire élire les maires au suffrage universel direct.  A son avis, il est logique de permettre aux populations de choisir directement leur maire. Cela renforcera sa légitimité, et il va désormais se sentir plus proche des populations que des conseillers municipaux. Il y aura ainsi plus de responsabilité et de légitimité pour les maires, et c’est « tout bénéfique » pour les citoyens et la gouvernance locale.

KAFFRINE : Les citoyens partagés

Une bonne frange de la population de Kaffrine est déjà au courant de la proposition d’élire les maires au suffrage universel direct. Certains applaudissent des deux mains et saluent cette proposition tandis que d’autres se montrent sceptiques.
«Cette approche remet en cause les chances des novices qui briguent, pour une première fois, la voix des citoyens», déclare Aly Ndao, militant d’un parti d’opposition. Il plaide pour le vote des conseillers qui sont, à son avis, des acteurs aguerris et qui maîtrisent les profils et la meilleure option. De son côté, Bassirou se remémore des nombreuses fois où des partis antagonistes se sont alliés pour faire primer l’intérêt supérieur de leur localité. Il sera difficile d’assister à ce genre d’alliance si la proposition passe, car chacun sera tenu de soutenir le candidat choisi par son parti ou sa coalition. Ce qui, à ses yeux, se présente comme «une fragilisation du pluralisme démocratique sénégalais». De son côté, Mbaye Wagne, affilié au parti du pouvoir, salue «une bonne mesure qui traduit la volonté supérieure manifestée par les populations». Il dit avoir toujours plaidé contre le choix définitif des conseillers qui, selon lui, ne reflète pas la véritable volonté des électeurs. A travers cette mesure, la classe politique «démocratise le choix des maires qui sera désormais le résultat de l’exclusive volonté des populations». Amadou Biteye est catégorique «plus d’une fois, des personnalités politiques ont été propulsées maires par des conseillers, contre la volonté de la majorité des administrés». C’est pourquoi ce jeune commerçant «apolitique» applaudit une telle proposition.

Des citoyens votent pour le suffrage universel direct

Interrogées sur le débat concernant le mode de scrutin, certaines populations ont, à l’unanimité, souhaité l’utilisation du suffrage universel direct. Selon ces administrés, cela favorisera une meilleure lisibilité des programmes des différents candidats qui devront battre campagne personnellement en plus du fait que le choix des citoyens sera définitif et inchangeable par le Conseil municipal.

En cette période de forte canicule sur la capitale sénégalaise, le doyen Mapenda Diop et ses amis se sont abrités à l’ombre des arbres en face du vaste espace de la ligne haute tension électrique qui traverse les quartiers de Dalifort et des Maristes. «Le leader de la liste qui arrive en première position au scrutin doit être élu maire automatiquement. Le suffrage universel direct est la meilleure chose», indique Mapenda Diop. Cela, dit-il, va empêcher, après le scrutin, les «combines » dans les partis ou même au sein du Conseil municipal pour ne pas élire la tête de liste qui a été choisie par les populations. Ce natif de Thiès rappelle l’exemple de Talla Sylla, qui à son avis, «n’était pas le premier choix des populations ni même celui de la liste de Idrissa Seck». Toutefois, même s’il n’a pas battu campagne lors des élections locales de 2014, par la volonté de Idrissa Seck, le Conseil municipal de Thiès était obligé d’élire Talla Sylla. «Cela n’est pas une bonne chose pour les communes. On doit connaître à l’avance le nom de celui qui a l’ambition de diriger la municipalité pour que le Conseil municipal ne puisse pas changer le choix comme c’est souvent le cas avec le suffrage universel indirect», souligne le sexagénaire.

«Eviter les candidats qui se cachent dans les listes»
Ce dernier plaide aussi pour une meilleure implication des populations dans la décentralisation par la sensibilisation et la communication. «Les populations doivent connaitre le rôle du maire dans la commune. Une fois élu, les populations doivent savoir qu’elles peuvent contrôler l’action du maire qui doit travailler pour leur bien-être», confie M. Diop. Plusieurs de ses voisins, qui suivaient notre échange, ont partagé le même avis en acquiesçant de la tête. Ils se disent aussi favorables à l’élection des maires et présidents de Conseils départementaux au suffrage universel direct en lieu et place du suffrage universel indirect.
C’est le cas de Abdoulaye Diop, habitant de Tattaguine (région de Fatick). «Le suffrage direct est le meilleur mode de scrutin. Cela permettra, dès le début, de connaître les différents candidats avant l’élection et de choisir directement le meilleur profil», explique Abdoulaye Diop. Cet habitant de Tattaguine fait le procès du suffrage universel indirect, avec des « non-dits » pour le vote des conseillers « avec des choses qui ne sont pas claires, des conseillers qui peuvent changer le choix des populations». Tasse de café à la main, Abdoulaye Diop estime que le suffrage universel direct empêchera aussi d’élire des maires qui ne sont pas connus et qui se «cachent dans les listes pour se révéler lors du vote du Conseil municipal».
Par ailleurs, il a plaidé pour un meilleur engagement des maires à trouver des solutions aux difficultés des administrés. «Il faut que les maires soient proches des populations en répertoriant leurs principales difficultés et concevoir de bons programmes. Avec le suffrage universel direct, les populations doivent savoir aussi que le maire est leur mandataire et doit être à leur service», lance Abdoulaye Diop, rencontré non loin du croisement Camberène.
Trouvé près de l’usine de fabrique des mèches «Darling », François Mendy estime que le suffrage universel direct permettra d’écarter des prétendants qui ont juste l’appui du Conseil municipal. Cela va encourager les maires à mieux prendre en compte la question de l’environnement et de l’occupation de l’espace souvent délaissée par les collectivités territoriales, ajoute-t-il. La dame Mariama Camara, la quarantaine, est étonnée qu’on puisse élire un maire indirectement, estimant que le choix des populations ne doit pas être changé du fait des «combines au sein du Conseil municipal». Le suffrage universel direct, dit-elle, va permettre aux populations de choisir librement leur maire, mais aussi de le sanctionner directement à la prochaine élection s’il ne respecte pas ses engagements.

Mbacké pour un renforcement du leadership local

Pour Serigne Fallou Mbacké, président du conseil départemental de Mbacké, actuellement dans l’opposition avec la coalition soutenant Ousmane Sonko, élire le maire au suffrage universel direct  est une bonne chose.
«  Personnellement, j’adhère  à ce projet », a-t-il fait savoir. L’actuel, président du conseil départemental de Mbacké reconnait, qu’au Sénégal, le maire est une autorité qui mérite d’être protégé du fait de son rang pour la bonne gestion des collectivités territoriales. «Je considère que ce projet d’élection des maires au suffrage universel direct est un renforcement de la démocratie  et du leadership local, elle octroie au maire, une certaine légitimité pour conduire les destinées de la population, qui s’identifie ainsi, à leur édile », a-t-il ajouté.
Pour Mamadou Morane Guèye, conseiller municipal et  coordonnateur départemental du Parti socialiste (Ps), c’est une proposition qui vient à son heure.
« Le maire dira-t-il est lié à ses administrés par un contrat de confiance, il ne subira aucune pression dans le choix de son équipe, d’autant plus que la motivation principale vise le bien-être des populations. Les populations choisissent directement la personne à laquelle ils ont confiance, faudrait-il que cette personne aussi soit assez responsable ». 

Touba, un cas spécial 

La commune de Touba Mosquée est spécifique.  Sa gestion découle de la volonté du khalife général des mourides qui désigne et accompagne le maire. Il est de ses prérogatives de désigner l’équipe qui doit conduire les destinées de la ville de Touba, une décision qui  émane de l’autorité spirituelle qu’est le Khalife général. Il garde un œil sur l’exercice du pouvoir temporel dans ladite commune. Pour le président du conseil départemental de Mbacké, Serigne Fallou Mbacké, le système est approprié et il souhaite même que cette dérogation soit poursuivie.

TAMBACOUNDA : «Corriger certaines injustices»

Pour Bafode Dramé, le maire de la commune de Dialacoto à la lisière du parc national de Niokolo Koba, cette idée d’élire les maires au suffrage universel direct va rencontrer l’assentiment des populations. Le maire de Kahéne Mamady Thiam dans le département de koumpentoum soutient que c’est une épine qui est enlevée du pied des édiles contraints jusqu’à présent d’entretenir une clientèle politique de conseillers pour se voir élire. Bafodé soutient que cela éviterait les candidatures superflues et va permettre au maire de jouir de la volonté populaire. Il s’agit de corriger certaines injustices car à chaque élection municipale, les têtes de liste sont souventes fois perdantes, soutient M. Dramé. Ensuite, selon lui, les populations sauront pour qui voter. Pour Mame Balla Lô, le nouveau maire se mettra au service des populations qui ont porté leur choix sur sa personne. Et de préciser que ce qui se passait lors du choix du maire « les conseillers municipaux se tournent vers souvent vers le candidat le plus offrant, financièrement parlant ». « C’est la meilleure formule », admet Mamady Thiam, car c’est plus de démocratie et les citoyens ont l’opportunité de choisir leur maire et non de dépendre d’un choix qui émane des conseillers municipaux corruptibles. 

Le Soleil


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