A Kaolack, l’incontournable spectacle de chaque mois d’août s’est produit samedi : le maire de la ville qui déboule chez les familles sinistrées logées dans les écoles, suite à de fortes pluies ayant occasionné leur déménagement, pour livrer des denrées alimentaires. Pour se faire encore bonne conscience, Mariama Sarr et son équipe se sont rendues au quartier Ndonrong pour faire un « geste » en faveur des familles désemparées, chassées de leurs maisons par les eaux. Mais ce qui apparaît à la lecture de ce spectacle devenu familier, c’est l’incapacité de la municipalité à trouver des solutions structurelles à cette épreuve annuelle de nombre de familles.

Il est en effet de notoriété publique que la ville de Kaolack est en permanence immonde. Mais elle est davantage « invivable » en période hivernale, abondamment pluvieuse. Partout dans la commune, pas un seul quartier, pas une seule rue ne sont épargnés des eaux stagnantes mêlées de tas d’immondices. Des flaques d’eaux verdâtres, foyers propices à la prolifération de moustiques, milieux confortables des grenouilles aux coassements assourdissants toute la nuit durant, rendant le sommeil des habitants impossible. Il est impensable de sortir prendre l’air frais dehors lorsque la forte chaleur sévit à l’intérieur des maisons car les moustiques règnent partout en maîtres absolus. Ajoutez-y les rues ténébreuses, résultat d’un éclairage public défaillant, les ordures partout entassées, les peaux de moutons et de bœufs en putréfaction après la Tabaski, vous tenez-là un cocktail de mauvais goût.

Y a-t-il une stratégie pour une ville de Kaolack propre ?

Le plus sidérant devant ce décor de désolation, outre la façon dont les habitants s’en accommodent, c’est l’impuissance notoire de la mairie. Aucune intervention municipale visible ! C’est à croire que l’équipe de Mariama Sarr ne se sent guère concernée par l’insalubrité chronique de Kaolack. Sinon comment comprendre qu’aucune mesure ne soit même annoncée à chaque fois que « sa » ville se voit toujours décerner le titre si peu glorieux de « ville la plus salle du Sénégal » ? La Mairie de Kaolack a-t-elle ne serait-ce qu’un plan stratégique pour rendre sa ville propre ? Quelle excuse, autre qu’un faible budget de 3,8 milliards FCFA annuels, peut-elle nous servir pour justifier l’incurie de la mairie de Kaolack devant l’état désastreux de la ville ?

Même si nous pouvons admettre qu’il n’y a pas de ville propre au Sénégal, le nom de Kaolack est toujours assimilé à juste raison à la saleté. Il semble que ce « trophée » peu désirable enchanterait la mairie responsable au premier rang du cadre de vie dans la commune, entre autres missions.

Dans l’histoire de Kaolack, aucun maire n’a marqué les esprits pour un bilan élogieux. Mais si cette ville n’a connu que de mauvais maires, Mariama Sarr est sans doute l’un des pires. Face à l’ampleur de la tâche de rendre Kaolack propre, elle avait préféré avoir maille à partir, l’année dernière, avec 39 agents municipaux de nettoiement déjà mal payés et peu motivés. Elle s’était résolue à remplacer ces éboueurs par d’autres personnes plutôt que de renforcer cette équipe et d’augmenter leurs moyens. Le « procès de la saleté » ayant tourné en faveur des agents du nettoiement, la justice l’avait alors condamnée à verser des indemnités de 17 millions FCFA à ces derniers.

Il faut reconnaître qu’à cause du mode d’élection du maire, les administrés sont toujours mis devant le fait accompli car n’ayant aucun choix sur l’identité du « premier magistrat de la ville ». C’est un conseil municipal élu qui, recevant souvent des instructions venues souvent du président de la République, élit à son tour l’édile de la ville. Il n’y a que de cette façon qu’une Mariama Sarr puisse avoir les chances de diriger la municipalité de Kaolack pour étaler toute son indifférence, son impuissance et son incompétence. Est-ce un hasard que sa maison se situe à proximité de canaux à ciel ouvert bourrés d’ordures, de sachets plastiques et toujours dans un état aussi répugnant ?

L’histoire de Kaolack est jalonnée de ces épisodes d’hostilité et de ras-le-bol entre un maire incapable et des administrés étouffés par la saleté. Le 29 octobre 2003, venu inaugurer le nouveau marché aux poissons, l’ancien président de la République, Abdoulaye Wade, avait assisté aux huées à l’endroit du maire d’alors, Daouda Faye. Quelques jours plus tard, s’ensuivit sa révocation heureuse. Plus tard, ce fut au tour de son remplaçant, Khalifa Niasse, n’ayant tiré aucune leçon de la déconvenue de son prédécesseur, d’être conspué par les pêcheurs au même endroit pour toujours les mêmes motifs : l’insalubrité du marché alors que les taxes sont toujours payées.

Quid de la responsabilité des Kaolackois ?

Car il est désormais clair que cette commune ne sera jamais rendue propre par la mairie ou cette cohorte de politiciens aux compétences douteuses à l’abri des piqûres de moustiques et des odeurs nauséabondes des rues de la ville.

Il est vrai que face à l’impuissance de la mairie, les populations kaolackoises n’ont que désolations et complaintes à exprimer. Il est temps de rompre avec cette attitude confortable d’attendre tout de la mairie même pour évacuer les eaux stagnantes devant leurs propres maisons. Il est impératif d’être plus exigeant face aux dirigeants et rompre avec cette torpeur qui sent la démission collective, car cette insalubrité, quoique générale et chronique, n’est guère une fatalité. C’est aujourd’hui un devoir impérieux pour chaque habitant de Kaolack de s’engager et de se mobiliser pour transformer la ville en mieux.

Ces piètres femmes et hommes politiques aux convictions et idéaux volatiles sont peu soucieux de laisser un héritage mémorable à la communauté. Ils préfèrent les œuvres sociales ostentatoires aux réalisations à forts impacts structurants sur la vie de leurs concitoyens.

Kaolack, pour définitivement changer son image de ville chroniquement et structurellement insalubre, a besoin d’une équipe municipale compétente et passionnée par les enjeux de la ville ainsi que des habitants déterminés à laver cet affront et non d’une mairie notoirement inutile.

Par Abdoulaye Niass, journaliste


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1 COMMENT

  1. La seule solution demeure et reste l’limplication des communautés dans la gestion de leur propore environnement.

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