Comme mue par un élan suicidaire, la majeure partie de la population est plus encline à prêter plus de foi aux démystificateurs de la pandémie du Covid-19 qu’aux professionnels de la santé, depuis l’assouplissement des mesures restrictives. Un comportement à risque qui nécessite, selon Dr Alioune Niang Mbaye, expert en développement local et communautaire, une nouvelle approche basée sur une communication communautaire pour territorialiser la lutte.

Les mesures barrières édictées par les autorités médicales au Sénégal sont foulées au pied par presque toute la population alors que la pandémie du Covid-19 et son niveau de contagiosité sont plus que jamais persistants avec notamment 122 cas positifs dont 11 communautaires notés dans le dernier bilan de la maladie au Sénégal. D’après Dr Alioune Niang Mbaye, expert en développement local et communautaire et directeur de l’Institut africain de développement local (Iadl), le seul levier sur lequel le Sénégal peut s’appuyer pour vaincre le Covid-19, est celui de la communication communautaire. Parce que, à l’en croire, «l’anéantissement de cette peur du Covid-19 est lié au fait qu’au niveau communautaire on n’a pas senti en réalité les risques, les problèmes causés et les stratégies développées en fonction de ce que nous rencontrons». Il propose, donc, «de continuer le combat sur le terrain communautaire». Dr Mbaye explique : «Il faut d’abord spécifier la communication par rapport à la cible, mais aussi le contenu et les moyens de communication», par exemple, «dans tous les districts sanitaires du Sénégal, il y a des Badianou Gox, des relais communautaires et des organisations spécifiques et qui travaillent avec les Comités de développement sanitaire (Cds). Voilà les structures qu’il faut impliquer dans la lutte. Parce que ce qui est paradoxal, c’est qu’on pense qu’il y a une communication que quand c’est relayé par la radio et la télévision. C’est une erreur. Une communication est définie, d’abord, en fonction d’une situation problématique qu’on veut changer, elle est aussi déterminée en fonction de la cible». Il relève aussi que «l’autre aspect qui est important dans le cadre des approches communautaires c’est que le contenu et le moyen de communication sont importants». D’ailleurs fera remarquer le patron de l’Iadl : «Avec les mesures restrictives prises, les Ong ne pouvaient plus partir sur le terrain, faute de laissez-passer. Cela a contribué à enfoncer davantage les personnes les plus vulnérables dans le gouffre d’une vulnérabilité manifeste.» Pour simplement dire : «C’était aussi important qu’on sache qu’il y a des acteurs qui sont là qui devaient communiquer, sensibiliser et donner aux populations la possibilité de jouer un rôle avant-gardiste.»
L’expert en développement local et communautaire, Alioune Niang Mbaye, regrette le fait que ce «levier communautaire, à travers une responsabilisation accrue, une implication dans la lutte et une prise en charge des dispositifs de communication à la base», n’ait pas été «activé», dès le début de la crise sanitaire. Parce qu’en fait, dit-il, «la réalité est que les communautés sont trop rivées à leurs besoins spécifiques et à leurs aspirations, et c’est justement en ce moment qu’il faut redéfinir une autre communication, celle-là même qui est adaptée aux réalités communautaires». Laquelle communication, poursuit-il, va être portée par «d’autres catégories qui vont s’impliquer davantage dans la lutte pour que ce soit traduit effectivement l’engagement et la mobilisation communautaire». Il précise toutefois que «quand on parle de mobilisation et d’engagement des communautés, il y a nécessité de recentrer la lutte, le combat contre l’épidémie à travers ce que je peux appeler : «Une territorialisation de circonstance».» Il s’agit, argumente Dr Mbaye, pour les «collectivités territoriales au niveau de leurs territoires, de définir ce que nous pourrons appeler : «Des stratégies territorialisées spécifiées» en fonction de l’ampleur de la maladie».
A côté de ces collectivités territoriales, il demande l’implication également des «services déconcentrés de l’Etat qui participent à la gestion de la santé en tant que compétence transférée». Ensuite, «il s’en suivra les Ong, les partenaires techniques et financiers et surtout les organisations communautaires à la base».
Alioune Niang Mbaye reste convaincu que cette dite stratégie «ne pourra pas donner de grands résultats si on ne prend pas le temps de clarifier les rôles et les responsabilités sur le plan matériel, sur le plan technique, social. Il y a tout un ensemble de mesures qu’il faut combiner pour qu’on puisse aujourd’hui se redéployer sur le terrain de la territorialisation de la lutte. Mais territorialiser la lutte voudrait certainement dire qu’on y aille avec le maximum de préoccupations pour que les communautés s’impliquent et s’engagent et que la pandémie ne puisse pas progresser parce que l’on a assoupli les mesures».

Le Quotidien


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