Les États rentiers comme l’Algérie sont, en général, réfractaires à la démocratie et par ricochet à la décentralisation.

“Il ne peut y avoir de bonne gouvernance locale sans une réelle décentralisation de la décision publique.” La sentence n’émane pas d’un quelconque politique mais d’un panel d’universitaires ayant participé au séminaire national de deux jours, organisé mercredi et jeudi par la faculté des sciences économiques de l’université de Tizi Ouzou sous le thème : “Le développement local en Algérie : les territoires au cœur des dynamiques économiques et sociales”. Présentant une communication intitulée : “La décentralisation et la nature de l’État en Algérie : quelques éléments structurants”, l’universitaire K. Moulai s’est longuement attelé à décortiquer les facteurs qui ont empêché une réelle décentralisation en Algérie. Selon ses explications, les États rentiers comme l’Algérie sont, en général, réfractaires à la démocratie et par ricochet à la décentralisation. Le clientélisme, a-t-il ajouté, “s’inscrit toujours à contre-courant de la décentralisation car la centralisation permet aux autorités centrales de maîtriser, contrôler et utiliser de façon discrétionnaire les dépenses publiques et limiter de fait l’accès aux autorités locales, afin de conserver le monopole sur les pratiques”, a-t-il analysé avant de retracer toute la genèse du processus politique qui a empêché toute autonomisation des population locales à travers l’empêchement de l’autonomisation des élus locaux. Au lendemain de l’indépendance, a-t-il rappelé, le système politique du parti unique s’est attelé à la construction d’un Etat central de type jacobin et durant toute la période d’avant-1988, il y avait un contrôle systématique et global de la décision locale. “Après 88, l’assemblée élue a été considérée dans l’article 16 comme assise de la décentralisation, mais cela a été stipulé avec prudence et imprécision quant aux détails de cette ouverture politique et économique. Le système n’a concédé plus qu’un lien approximatif entre la décentralisation et l’assemblée élue. Puis, toutes les Constitutions suivantes n’ont apporté aucun changement”, a-t-il résumé tout en soulignant que pourtant sans la décentralisation de la décision publique, il n’y a pas de développement possible des territoires ou de bonne gouvernance. “Ce n’est pas un wali désigné par un État central comme commis de l’État, et qui n’a pas l’esprit d’appartenance au territoire qu’il dirige, qui peut développer un territoire”, a-t-il cité en exemple. Pour sa part, Belaïd Abrika, professeur d’économie à l’université de Tizi Ouzou, a estimé qu’“en raison de leurs maigres prérogatives, les collectivités locales en Algérie ne jouent presque aucun rôle dans un territoire qu’elles sont censées gouverner”. Le contrôle de la rente empêche, dit-il, toute autonomie mais renforce le clientélisme du système. Or, de l’avis du docteur Arezki Chenane “il n y a pas de territoires condamnés à l’avance, mais juste des territoires qui ne sont pas développés, un développement qui est une œuvre pluridisciplinaire qui a besoin de toutes les catégories de la société”. Les nombreux intervenants à ce séminaire étaient unanimes à dire que la décentralisation en Algérie est loin d’être concrète et qu’une refondation de l’État est indispensable si l’on veut réellement développer les territoires en Algérie.

Liberte-algerie.com


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