Le débat sur la proposition du Haut Conseil des Collectivités territoriales continue de faire couler des salives. Beaucoup de spécialistes et experts en décentralisation désapprouvent cette proposition de désigner le Maire de la ville de Dakar. Pour le Président de l’Association sénégalaise d’appui à la décentralisation et aux initiatives citoyennes (ASADIC – TAATAAN) le Sénégal est arrivé à un  niveau où le débat devait tourner autour du mode d’élection des Maires. Dans cet entretien Oumar WADE donne son avis sur cette question et revient également sur les deux publications produites par TAATAAN, consacrées aux élections locales et à la perception citoyenne sur la mise en oeuvre de la première phase de l’acte 3 de la décentralisation.

Pouvez revenir sur le sens et l’importance de ces deux publications de Taataan ?

Ces deux livrets que nous avons présentés aujourd’hui s’insèrent dans une série de publications qui ont pour objectif de faciliter la compréhension de tout ce qui est textes ou lois liés à la décentralisation. Ces publications ne s’adressent pas seulement aux experts ou aux académiciens. Elles sont destinées à tous les sénégalais qui veulent comprendre davantage la gestion des affaires locales.

La première publication a trait aux élections locales. Nous avons voulu démontrer aux citoyens lambda l’importance et le sens des élections locales.  Quelles sont les enjeux des élections locales et comment faire pour y participer ? Des éclairages sont apportées à ces différentes questions pour permettre aux citoyens, organisations de la société civile, partis politiques … de mieux préparer et participer pleinement aux élections locales. Il est important de les sensibiliser et de les informer sur les dispositions législatives et réglementaires en vigueur, relatives à la préparation et à l’organisation des élections locales. C’est donc l’objet du livret sur les élections locales qui vise à contribuer au renforcement des capacités des acteurs locaux pour la promotion de la démocratie locale. Il a pour vocation de donner la quintessence de l’information dans un langage plus accessible.

La deuxième publication est une contribution à l’évaluation en cours de la première phase de la réforme de l’acte 3 de la décentralisation. C’est la synthèse des résultats des travaux des ateliers régionaux sur la perception des citoyens sur la première phase de la réforme de l’acte 3 de la décentralisation.

Il était question après avoir inscrit la participation comme un des principes directeurs de la décentralisation, de pouvoir s’interroger sur la participation des citoyens en leurs posant deux questions essentielles relatives à la perception qu’ils ont de l’acte 3 et à la qualité des services rendus par les collectivités territoriales. Les communes et départements qui ne sont pas seulement des institutions pour des élections mais aussi c’est pour rendre des services.  Ils doivent être à la disposition des citoyens.  Donc plusieurs domaines ont été passés au peigne fin. Le processus budgétaire, les services locaux mais aussi de la gouvernance générale des collectivités territoriales. Ce qui a permis quand même aux citoyens de donner leur avis. Mais le constat est que la participation citoyenne n’est pas réellement  effective à ce stade et les populations n’ont pas souvent une nette visibilité sur les services rendus par les collectivités territoriales. Il se pose encore des questions d’incompréhension entre élus et citoyens qui est due peut être à la méconnaissance des textes. Une incompréhension aussi entre les deux parties, parce que les élus ont des choses à reprocher aux populations en termes de participation. Les populations aussi reprochent à leurs élus le manque de transparence ou d’implication.

Au finish, c’est nos territoires qui peinent à se développer parce qu’ils n’arrivent pas à mobiliser toutes les énergies dont ils disposent et les ressources à mettre à la disposition du développement territorial.

Quelles sont les recommandations formulées et que vous inspire le modèle allemand ?

Notre décentralisation peine à donner toutes les résultats escomptés. Parce que il y’a un problème de lisibilité des échelles de gouvernance et nous avons des choses à emprunter aux allemands comme le principe de subsidiarité qui voudrait qu’on regarde qu’à chaque fois qu’il s’agit d’une action publique quel est le meilleur niveau pour l’exécution et qui doit l’assurer. En termes de responsabilité, de transfert mais aussi en termes de sanctions. Sanction positive ou sanction négative. Ça veut dire que si chacun fait ce qu’il doit faire avec un Etat stratège qui contrôle, qui oriente et que les populations s’impliquent davantage, notre niveau de décentralisation ou de développement allait faire un bon bénéfique pour tout le monde. C’est ce qui est ressorti globalement dans ces publications qui préconisent des recommandations d’ordre général pour la seconde phase de la réforme.

Au regard des différentes constations y’a pas un conflit entre les autorités déconcentrés et les exécutifs locaux ?

Nous avons une administration territoriale, des collectivités territoriales et des établissements publics. Et chacun d’entre eux fait des interventions sur les territoires. Mais nous avons noté dans notre évaluation  des chevauchements. Il y’a des doublons et ces doublons sont sources de gâchis, de perte de temps, d’inefficacité. Si on arrive à clarifier les rôles et responsabilités des uns et des autres, le fonctionnement global de  l’Etat va avoir des résultats positifs. Dans la mise en œuvre des politiques publiques quelle articulation entre les politiques locales et les politiques publiques quelle coordination ? Quelle contractualisation et comment devrons nous évaluer toutes ces politiques ? Je crois que ce sont ces débats là qui doivent être posés dans la territorialisation des politiques publiques.

Après cette rencontre de partage, quelle sera la suite ?

Toutes ces réalisations ont été faites avec l’appui de la Fondation Konrad Adenauer que je remercie au passage. Avant cette rencontre de partage, toutes les publications ont été transmises au Président de la République, aux différents conseillers du Président, au Ministère en charge des collectivités territoriales, aux institutions pour leur dire véritablement voilà ce que nous avons fait. Nous sommes aussi passés par les Agences régionales de développement (ARD) qui sont les chevilles ouvrières des collectivités territoriales et tout ce travail a été fait en parfaite collaboration avec ces structures sur le terrain, avec les cadres de concertations mais aussi avec les associations reconnues qui sont des cadres de participation. C’est notre contribution à l’évaluation de la première phase de la réforme de l’acte 3. Notre pouvoir se limite là, d’informer et le reste revient aux citoyens et aux pouvoir étatiques pour la prise de décision.

Que pensez-vous de la proposition de nommer le Maire de la ville de Dakar ?

C’est une situation qu’on a vécu avant les indépendances où des maires ont été nommés. On avait au départ des conseils élus et le maire désigné par l’autorité. On est arrivé à un niveau de décentralisation avec beaucoup de progression. Déjà en 1990, les sous ont été dessaisis de la gestion des collectivités. Ils n’étaient plus ordonnateurs de dépense pour arriver en 1996 à transférer des compétences et à inscrire le principe de contrôle à posteriori.

Tout cela contribue à dire que le Maire ne doit pas être nommé. Un maire doit être élu. Et le débat qui doit se poser c’est l’élection du maire au suffrage universel direct et non pas au suffrage indirect. Je crois que c’est le débat qui devait être posé. C’est ce débat qui peut nous faire avancer conformément aux principes de la décentralisation


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