1. Contexte et définition

Une pandémie est l’apparition d’une maladie qui se produit sur une très vaste zone géographique et qui touche une proportion exceptionnellement élevée de la population dans plusieurs continents. Il y a eu, par le passé, de nombreuses pandémies, et plus récemment, depuis le début du XXème siècle : la grippe espagnole de 1918-1919, les pandémies de grippe de 1957 et 1968, et la pandémie de la grippe H1N1 de 2009. Parmi les pandémies les plus connues figure la peste noire, un fléau qui s’est répandu en Asie et en Europe au milieu du XIVe siècle et en Afrique plus tard. Au Sénégal, la peste bubonique a sévi de 1912 à 1919.

La maladie, les épidémies et les pandémies façonnent les villes et leurs agglomérations.  Dans l’histoire, certains des développements les plus emblématiques de la  planification et de la gestion urbaine, tels que le Métropolitain Bocard of Works de Londres et les systèmes d’assainissement à Paris au milieu du XIXe siècle, ou la séparation à Dakar, au Sénégal du quartier du Plateau d’avec le nouveau village indigène de la Médina créé en 1914  par un Service d’hygiène et la Polyclinique se sont développés en réponse à des crises de santé publique telles que les épidémies de variole, de tuberculose et de peste bubonique. Elles se sont déclarées à Dakar à partir de 1912 avec 2.500 morts sur une population de 30.000 habitants.

Aujourd’hui, le Coronavirus appelé Covid-19, né en Wuhan en Chine en décembre 2019 s’ajoute à une longue liste de maladies infectieuses, comme la grippe espagnole à New York et à Mexico en 1918, le SRAS en 2003, le MERS ou la grippe du chameau de 2015 au moyen orient ou encore l’épidémie fulgurante et mortelle du virus Ebola de la forêt du Congo et de l’Afrique de l’Ouest en 2014, susceptibles de laisser des conséquences désastreuses dans les espaces urbains. Alors que la première épidémie du virus Ebola en 1976 était confinée dans les zones forestières du Congo et du Sud-Soudan. Elle frappera, de 2014 à 2016, les grandes agglomérations urbaines de Sierra Leone, du Liberia et de Guinée, et son impact sera énorme avec plus de 28.600 cas et plus de 11.300 décès en juin 2016.

De nos jours, nous sommes de moins en moins résilients et les maladies infectieuses émergentes sont liées à la façon dont nous planifions et organisons nos lieux de vie, de travail et de loisir. Parler de vulnérabilité, c’est admettre le paradoxe d’un système qui accumule du fait de l’urbanisation continue et dense, une puissance et des ressources importantes. Les villes monde que sont New York, Londres Tokyo, Paris… en milieu dominant et en référence insurmontable de l’époque contemporaine en sont les exemples.  Pour se propager, le virus a exploité les réseaux de mobilité et s’est épanoui au sein des espaces les plus denses, les plus productifs et les plus marqués.  Or en provoquant en quelques semaines, une paralysie des fonctionnements globaux et en figeant les métropoles sous confinement, la pandémie du Covid 19 vient rappeler que la vulnérabilité croit en juste proportion de la puissance, même si toutes nos villes grandes ou petites, sous toutes les latitudes sont toutes exposées à la présente crise sanitaire.

La résilience, telle que définie par le Bureau des Nations Unies pour la réduction des risques de catastrophe, « signifie la capacité d’un système, d’une communauté ou d’une société exposée aux aléas à résister, à absorber, à s’adapter et à se rétablir des effets de l’aléa en temps voulu et de manière efficace, notamment par la préservation et la restauration de ses structures et fonctions de base essentielles ».

Après trois mois de pénitence et de stress, en date du 1er mai 2020, l’humanité a enregistré un total de 3.278.546 cas et 234.000 décès, répartis dans plus 210 pays et territoires à travers le monde. Compte tenu de l’incertitude sur l’évolution rapide de la pandémie, il est fort probable que dans les semaines à venir, avant d’atteindre le pic des infections, le cap de quatre millions sera franchi et qu’à un taux de mortalité de plus de 5 %, on pourra compter environ plus de 300.000 morts dans le monde.

Tout comme la pandémie de SRAS de 2003, les liens entre l’urbanisation accélérée, (les moyens de transport plus étendus et plus rapides et la réduction de la distance entre la vie urbaine et la nature…) et les pandémies sont devenus immédiatement apparents en raison de la croissance continue de la périphérie des villes et leurs sous- équipements comme dans la plupart des villes africaines.

2. La pandémie du Coronavirus – Covid-19 et la vulnérabilité des villes en Afrique : la tyrannie des chiffres et leur évolution exponentielle

La faiblesse de l’urbanisation, le caractère informel de l’occupation spatiale et l’énorme déficit en infrastructures sanitaires de tout ordre, rendent les villes et les établissements humains d’Afrique très vulnérables à la propagation rapide du Coronavirus -Covid-19. Les bulletins de santé et les rapports quotidiens en provenance des capitales du monde sur la progression de la pandémie sont de plus en plus nombreux et très préoccupants et l’Afrique des villes et des banlieues, en bout de chaîne, n’a pas encore atteint le seuil de la crise, même si les efforts conjugués semblent juguler les chiffres catastrophiques au préalable énoncés.

Jusqu’à présent, le Coronavirus – Covid-19, a été signalé de manière spectaculaire dans les pays à revenu moyen et élevé comme l’Inde, la Corée du Sud, Singapour, le Japon, mais aussi en Europe, en Italie, en France, en Allemagne, en Espagne… où des systèmes de santé efficaces sont en place et où les infrastructures sanitaires sont généralement assez développés.  Mais au cours des derniers deux mois, la situation de la pandémie dans le monde et en particulier aux États-Unis s’est fortement dégradée, plaçant ce pays en tête de toutes les nations avec 1.070.000 cas signalés au 1er mai 2020 et plus de 63.000 décès dont 19.000 dans la seule ville de New York.

L’augmentation rapide de la pandémie en Europe (Espagne, France, Grande-Bretagne, Italie), et aux États-Unis (région de New York) a été inquiétante, mais des signes de confinement sont signalés çà et là, ce qui donne de l’espoir pour une période estivale meilleure de l’hiver morbide que le monde a connue.

La propagation large et rapide de la pandémie au cours des derniers mois a sérieusement mis à l’épreuve la résilience des villes et les limites apparentes de la capacité des systèmes de santé des pays développés et malheureusement, jusqu’à présent, une solution efficace n’a pas été trouvée et ceux-ci sont au bord du chaos, malgré la relative accalmie dans la montée des nouveaux cas et la chute des taux de mortalité.

Malgré le chiffre impressionnant de plus de 3.300.000 cas avec une fatalité de plus de 234.000 décès dans le monde (au 1er mai /2020) nous accueillons avec un certain optimisme la décroissance amorcée des taux de contamination et de décès tant à New York qu’en Espagne, en France et en Italie.

 Le mois de mai et l’été 2020 semblent être la période graduelle du déconfinement progressif, mais le port du masque qui a été rendu partout obligatoire avec un accroissement significatif des niveaux de test dans les zones contaminées aideront certainement à freiner la contamination.

En Afrique, au  31 mars, 5.430 cas avaient été signalés, avec un total de 174 décès et 335 guérisons, mais ces chiffres avaient doublé par rapport à la semaine précédente, ce qui pourrait être inférieur aux chiffres annoncés par l’OMS, dont le chef, l’Ethiopien Tedros Adhanom, a tiré la sonnette d’alarme sur l’état de la non-préparation de l’Afrique à la pandémie de coronavirus, en disant au continent de « se préparer au pire ». Toutefois, il faut noter que l’Afrique fait mieux que résister à cette étape de la pandémie !

Au 19 avril 2020, selon les données de John Hopkins University et du Centre Africain de contrôle des Maladies de l’Union Africaine – CACM, près de 19.827 cas et 1.020 morts ont été répertoriés, mais la situation d’ensemble démontre un caractère urbain et reste encore très fluide, et seul un pays reste sans infection, à savoir le Lesotho. Au 3 mai 2020, le CACM a enregistré plus de 43.000 cas dont 1.760 décès et 14.400 guérisons et au 17 mai 2020, l’Afrique a enregistré 78,500 cas, avec 2630 décès et 29,250 guérisons, ce qui représente, un doublement des chiffres annonces en l’espace de deux semaines.

Parmi les raisons qui expliquent la résilience des pays africains, on note entre autres des facteurs tels que le climat, la jeunesse de la population (moins de 60% ont 25 ans), la faible densité avec 42,5 au km2, des capacités de déplacements plus limitées et une expérience à la gestion des épidémies comme le choléra ou le virus de l’Ebola. Il faudra toutefois noter que les facteurs ci-dessus ne sont pas démontrés et médicalement validés car selon l’Institut Pasteur de Paris, le Coronavirus se multipliait très bien dans la chaleur lors d’expérimentations in vitro. 

Alors que le virus se multiplie de façon continue  dans la région, il est à craindre que les mesures  d’un  confinement total  n’apportent que des difficultés significatives aux populations pauvres des villes du continent, dont beaucoup vivent au jour le jour, dans la « débrouille », sans emploi formel, et sont incapables d’accumuler pour acheter suffisamment de nourriture et de fournitures sanitaires pour faire face au long confinement que les gouvernements menacent d’appliquer, si les cas se multiplient dans les semaines à venir.

La situation dans quelques pays …

Au Sénégal, plus de 60 % des cas répertoriés sont localisés dans la région de Dakar et au 10 mai, sur plus de 1.709 cas, seuls 18 fatalités ont été répertoriées et 650 rémissions. Au 17 mai, 2480 personnes ont été contaminées avec 25 décès et 973 guérisons. Au Nigeria, la capitale, Abuja, et la ville de Lagos demeurent les centres majeurs qui ont été totalement confinés pour 14 jours depuis le 19 avril.

Au 3 mai, après le confinement le plus dur dans le monde, l’Afrique du Sud a franchi la barre des 6.300 cas avec 123 décès et 903 guérisons et le Burkina Faso, qui avait enregistré le premier décès subsaharien dû au virus, a atteint le chiffre de 565 cas avec 36 décès au 19 avril 2020. Au 17 mai, le pays compte 780 cas répertories, pour 51 décès et 595 remissions. L’Afrique du Nord avec l’Algérie (4.295 cas et 459 décès) et le Maroc avec plus de 4.729 cas et 173 décès et l ‘Égypte (6.193 cas et 415 décès) mènent le peloton de tête en Afrique. Afin de faire face à la pandémie, la plupart des pays africains ont imposé des restrictions et pris une série de mesures marquantes telles que l’état d’urgence et le couvre-feu pour tenter de combattre la crise.

Face à ces mesures, les premières réactions négatives des jeunes et des établissements informels ont été constatées à Dakar, à Johannesburg et à Nairobi, entre autres, et la brutalité des politiques sécuritaires a souvent essayé de rétablir l’ordre pour maintenir des actions sécuritaires efficaces.  Dans de nombreux pays, les frontières sont fermées, les compagnies aériennes sont clouées au sol et les vols suspendus. L’économie hôtelière et de restauration est à terre avec un niveau extrêmement élevé de chômage et des risques de perte d’emplois lourdement ressentis par les villes et les centres urbains. Il est avancé que même si l’Afrique, avec 1,4 % de contamination, arrive à résister aux affres du Coronavirus Covid-19, et que le nombre de morts sera faible comparé aux autres régions du monde, la récession économique qui s’ensuivra sera une catastrophe à nulle autre égale pour nos économies !

Mais que se passera-t-il si la maladie continue de se répandre dans les villes des pays et régions à faible revenu comme l’Afrique ? Les pays africains peuvent-ils se permettre de mettre en place un système de confinement complet et un verrouillage total pendant des mois, étant donné l’état de l’économie et la pauvreté de la majorité de leurs populations ? Quelles sont les conditions dans les établissements informels et la population pauvre pourra-t-elle supporter de telles difficultés sans manifestations de masse et des troubles à l’ordre public ?

L’évaluation globale est que dans toute la région, de nombreux pays sont confrontés à de graves problèmes urbains et que de nombreuses villes et centres urbains à faibles revenus manquent d’infrastructures et de services de base. Le manque d’eau potable, les installations sanitaires inadéquates, les canalisations à ciel ouvert et les décharges d’ordures, sont parmi les principales raisons de la forte prévalence des maladies infectieuses telles que les diarrhées et le choléra qui affectent souvent les quartiers pauvres des villes africaines.

D’après les travaux de ONU-Habitat, la région abrite toujours la majorité de sa population urbaine dans des établissements informels (plus de 60%). En raison d’une mauvaise planification, de l’absence de systèmes de transport efficaces, de bonnes conditions de logement et d’un déficit d’infrastructures, les bidonvilles sont surpeuplés, les habitants sont obligés de partager leur logement et – lorsqu’il y en a – leurs toilettes. Les personnes sont constamment en mouvement, voyageant souvent dans des minibus bondés, pour se rendre à leur lieu de travail dans les quartiers, entre les quartiers, entre la ville et les campagnes. Compte tenu de la faiblesse des conditions économiques et de la vulnérabilité des personnes, il serait extrêmement difficile de contrôler ce type de mouvement.

3. La faiblesse des recommandations des experts pour le confinement !

L’émergence du Coronavirus ou Covid-19 en Afrique et dans les quartiers pauvres des villes présenterait le syndrome habituel de vulnérabilité des établissements et constituerait sans aucun doute un défi majeur à contenir.

Parmi les recommandations actuelles pour prévenir la propagation de la maladie figure le lavage fréquent et complet des mains – mais cela reste extrêmement difficile lorsque l’accès à l’eau potable est limité. De nombreux projets de ONU-Habitat, notamment les campagnes « WASH », le programme pour des villes plus sûres et le programme participatif d’amélioration des bidonvilles (PSUP), comportent des volets relatifs à l’eau et à l’assainissement, à l’information et à l’approvisionnement en soins de santé, afin de contribuer à améliorer les mauvaises conditions de vie de la majorité de la population des villes africaines.

L’isolement est une autre recommandation forte pour vaincre le Coronavirus – mais il est presque impossible à mettre en pratique dans les villes et les centres urbains où la densité (horizontale) de la population est très élevée comme dans de nombreux villes et quartiers de taudis en Afrique. L’auto-quarantaine – rester à la maison pendant au moins 14 jours – n’est guère une option pour les pauvres des villes qui dépendent souvent de revenus quotidiens du travail occasionnel pour assurer la subsistance de leur famille. Mais étant donné le taux élevé de propagation du virus, des pays comme l’Afrique du Sud, le Maroc et le Rwanda, ont vite légiféré pour un confinement total, avec des résultats plutôt encourageants. D’autres pays comme le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Cameroun, la RDC, le Kenya et le Sénégal ont décrété l’état d’urgence avec le couvre-feu pour enrayer la pandémie.

Cependant, dans beaucoup de ces pays, le niveau de pauvreté urbaine, les conditions de vie fragiles et la forte prévalence des quartiers de taudis ont créé des réactions négatives à l’état d’urgence et au couvre-feu. Les populations pauvres vivant dans les bidonvilles et quartiers informels sont prises au piège entre la mort dans le confinement à l’intérieur des maisons sans eau ni nourriture, et braver les interdictions par la lutte pour la survie en étant au dehors pour gagner sa vie. La décision est difficile à prendre, mais il est fort probable que vous les trouverez dans les rues, à moins que les gouvernements ne soient en mesure de leur fournir un approvisionnement suffisant pendant un confinement total – une option que de nombreux gouvernements pourraient envisager si la situation venait à s’aggraver, comme le prévoit l’OMS.

4. Pour une planification basée sur la résilience et pour « l’homme d’abord » en Afrique

Les efforts à court terme visent à contenir la propagation de la pandémie. A plus long terme, étant donné que les nouvelles maladies infectieuses continueront probablement à se propager rapidement dans les villes et à l’intérieur de celles-ci, il est nécessaire de revoir les approches et les politiques actuelles en matière d’urbanisme et de développement durable en Afrique. La leçon à tirer de la pandémie du Covid 19 pour le Continent est de revenir aux principes fondamentaux de l’urbanisation et des établissements humains, et de placer l’homme au centre de la vision de nos villes, afin de faire face efficacement aux futures épidémies et pandémies. D’une façon ou d’une autre, il nous faut apprendre de celle-ci pour préparer la prochaine !

Pendant  longtemps, les processus de planification urbaine, de  l’aménagement du territoire et des  politiques de logement ont été davantage définis par les principes de l’économie de marché et la fourniture d’infrastructures et d’équipements, que sur les besoins réels des populations en matière d’espace de vie, de sécurité et de bienêtre. Il me semble que nous devons revisiter le concept d’établissement humain tel que défini par la Conférence des Nations Unies Habitat I de Vancouver en 1976.

Les établissements humains et les communautés à faibles revenus ont besoin d’infrastructures plus efficaces. Souvent qualifiés d' »informels » ou d' »illégaux » par les autorités municipales, ces établissements ne bénéficient pas des investissements nécessaires pour les services de base tels que l’eau courante, l’assainissement, les transports ou l’électricité. Ils ne sont pas desservis par des équipements pour les soins de santé primaires, ou par la collecte régulière des déchets solides.

Pourtant, ces quartiers abritent plus de la moitié de la population de la ville, et offrent souvent la seule option de logement abordable pour de nombreux habitants des villes africaines.

Reconnaître l’existence de formes de logement abordables, bien qu’extrêmement inadéquates, qui subventionnent en fait les coûts de la main-d’œuvre pour le reste des habitants de la ville, est un premier pas non seulement pour remédier aux conditions de vie difficiles des quartiers à faibles revenus, mais aussi pour aider à contenir la propagation de nouvelles maladies contagieuses mortelles comme le coronavirus.

Les maladies infectieuses émergentes ont beaucoup à voir avec la façon dont nous planifions nos villes, dont nous nous déplaçons et où nous vivons. Le coronavirus Covid -19 est un exemple des relations étroites qui existent entre le développement urbain et les maladies infectieuses nouvelles ou réémergentes.

Pour construire la résilience de nos villes, nous devons mieux comprendre les paysages de l’urbanisation étendue et mettre l’accent sur la sécurité des personnes, si nous voulons prévoir, éviter et réagir plus efficacement aux épidémies, aux pandémies et autres maladies émergentes de notre temps.

Tout d’abord, nous devons comprendre où les épidémies se produisent et comment elles sont liées aux changements physiques, spatiaux, économiques, sociaux et écologiques provoqués par une urbanisation massive et rapide, comme cela a été le cas dans de nombreux pays africains. Deuxièmement, nous devons apprendre davantage sur la manière dont les nouveaux environnements urbains émergents peuvent eux-mêmes jouer un rôle dans l’endiguement des épidémies potentielles.

L’aménagement d’espaces ouverts efficaces, de forêts et de parcs urbains, de grands espaces de loisirs pourrait servir d’installations sanitaires ouvertes en cas de pandémie. Il est regrettable que le pourcentage d’espaces ouverts dans de nombreuses villes africaines ne soit que de 10 à 15 %, ce qui rend les villes et les rues surpeuplées, densément occupés et parfois peu sûres.

L’urbanisation rapide, l’expansion des villes, des banlieues et des bidonvilles, ainsi que les hautes densités horizontales sont des facteurs de la propagation de maladies infectieuses ; les zones périphériques et leurs établissements informels sont particulièrement sensibles aux vecteurs de maladies comme les moustiques et aux infections virales qui franchissent la frontière entre les espèces animales et humaines pour produire les épidémies et les pandémies. Les maladies peuvent se propager rapidement dans la ville et entre les villes grâce aux infrastructures de la mondialisation telles que les réseaux de transport aérien mondiaux, les autoroutes et les croisières. Les aéroports sont souvent situés à la périphérie des zones urbaines, ce qui soulève des questions complexes de gouvernance et de compétence quant à savoir  sur qui repose  la responsabilité de contrôler les foyers de maladie dans les grandes régions urbaines.

On peut également supposer que les épidémies renforcent la pauvreté et les inégalités existantes en matière d’accès aux infrastructures de mobilité et des bénéfices qu’elles procurent. Ces déséquilibres influencent également les réactions à une épidémie. Les déconnexions qui se manifestent lorsque la croissance urbaine rapide ne s’accompagne pas d’un développement approprié des infrastructures sociales et techniques s’ajoutent au tableau.

La crise actuelle est l’occasion de réfléchir à la manière dont les villes sont planifiées et gérées et placer des concepts tels que la résilience en tête des priorités pour redonner à l’homme la place qui lui revient dans une économie de la vie comme le dit l’économiste et écrivain Jacques  Attali.

En prenant comme référence l’expérience de nombreux pays lors de cette pandémie du Coronavirus Covid-19, nous pouvons comprendre l’importance de certaines fonctions urbaines et des espaces ouverts et inclusifs nécessaires pour apporter une réponse efficace à la gestion d’une pandémie. Parmi celles-ci nous pouvons retenir :

Les installations médicales inadéquates qui sont le lot de plusieurs villes africaines se manifestent par un nombre insuffisant, une distribution inégale, une faible capacité et un manque de ressources.

La densité de population urbaine excessive : le virus Covid -19 a une forte capacité infectieuse, une période d’incubation et une transmission interhumaine. Il est plus susceptible de se propager dans les villes à forte densité (horizontale) de population, car il est plus difficile de contrôler les mouvements de population, de couper la voie de transmission du virus, et les autres systèmes urbains seront soumis à une plus grande pression après la mise en œuvre de la quarantaine nécessaire.

La congestion routière est souvent causée par une hiérarchie routière désordonnée dans les villes et un faible niveau d’équipement routier. Le système de transport urbain est important pour assurer le transport rapide du personnel médical, des patients et de divers matériels d’urgence, lorsqu’une pandémie se produit. Il est la bouée de sauvetage de la ville pendant la période de pandémie et son accessibilité doit être garantie en premier lieu. Il s’agit d’une arme à double tranchant, car le mouvement est aussi un facteur de propagation de la pandémie et essentiel pour apporter une réponse médicale.

Les espaces ouverts insuffisants se reflètent principalement dans la répartition inégale des espaces dans la ville. Pendant les épidémies / pandémies, les espaces ouverts servent de lieux de stockage temporaire et de réception des patients. Un espace ouvert insuffisant signifie également que l’échelle globale de traitement dans la ville est réduite, et que le potentiel pour faire face aux risques est relativement réduit.

La gestion des services publics est nécessaire car certaines grandes installations de service public peuvent être converties en installations médicales temporaires dans des conditions d’urgence pour alléger la pression liée au placement, au traitement et à l’isolement des patients dans la ville.

La faible sensibilisation du public à l’épidémie : bien que ce point ne semble pas avoir de rapport avec la fonction urbaine et les questions spatiales, le manque de compréhension affectera sérieusement le fonctionnement normal de la ville en cas d’urgence. Le manque de sensibilisation du public entraîne une perte de possibilités de réaction rapide. Lorsque l’épidémie éclate, sans que le secteur public et les médias ne donnent les directives appropriées, ceci diminue les chances de lutter efficacement contre la pandémie.

Conclusion

L’augmentation massive de la population urbaine mondiale au cours des dernières décennies a accru l’exposition aux maladies et posé de nouveaux défis pour le contrôle des épidémies. Pour y apporter une réponse, les chercheurs en milieu urbain doivent explorer ces nouvelles relations entre l’urbanisation et les maladies infectieuses. Il faudra pour cela adopter une approche interdisciplinaire associant des urbanistes, des économistes, des ingénieurs, des historiens, des sociologues, des géographes, des virologues, des experts de la médecine tropicale, des scientifiques de la santé publique, des psychologues et d’autres experts et personnes ressources, afin de mettre au point des solutions possibles pour prévenir et atténuer les futures épidémies comme annoncées ci-dessus.

Il est certes un peu tôt pour tirer les leçons du Coronavirus-Covid-19, mais nous devons probablement avoir une grande conversation sur les opportunités, la valeur par rapport aux risques de la densification et la propagation des virus dans les villes africaines. Il est clair que la densification urbaine, bien qu’elle soit une grande opportunité de croissance et de développement, est et a été un grand défi pour la gestion efficace des épidémies dans plusieurs villes.

Le Coronavirus-Covid-19 pose un défi fondamental sur la façon dont nous planifions et gérons l’urbanisation en Afrique. Repenser la gestion de la densité et surtout de la densité horizontale de nos villes, ses espaces de vie et de loisirs et son infrastructure sanitaire est la clé de la survie à long terme en cas de pandémie. Cela implique notamment de réfléchir à la décentralisation des services essentiels et à la fourniture adéquate de services de santé à toutes les régions de nos pays. Malheureusement, dans de nombreux pays africains, les meilleurs hôpitaux et installations sanitaires sont souvent situés dans les capitales, laissant le reste du pays sans installations sanitaires nécessaires pour faire face à des pandémies telles que le Coronavirus ou à d’autres épidémies comme le virus Ebola.

Il y a des questions fondamentales sur ce qu’on nous dit être souhaitable, la planification, l’urbanisation et la résilience par rapport à ce qui est logique du point de vue des maladies infectieuses pour aider l’Afrique à lutter efficacement contre le coronavirus.

Assistons-nous à un changement de paradigme où la ville telle que nous la connaissons doit être redéfinie pour faire face aux risques et aux défis à venir ? Nos villes africaines et nos institutions sont-elles préparées à une future épidémie ou crise ?

Cette situation appelle une réflexion plus approfondie sur la conception, les valeurs et les capacités culturelles de la ville, et sur la manière dont celles-ci peuvent constituer un handicap ou une opportunité en temps de crise. Profitons de l’état actuel d’incertitude pour repenser et redéfinir nos villes.

Alioune BADIANE, Président TUTTA,

Centre d’excellence pour la Réflexion et l’Action urbaine en Afrique Dakar, Sénégal

albadiane2016@gmail.com


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