D’après Pierre Monzani, la révolte des «gilets jaunes» révèle un double malaise, fiscal et politique. Pour résoudre la crise il propose de restaurer la flat tax et d’accentuer la décentralisation de l’État.Agrégé d’histoire, diplômé de l’École Nationale d’Administration, Pierre Monzani est préfet.

Comme toutes les crises pré-révolutionnaires françaises, les évènements de décembre 2018 révèlent deux crises en une: fiscale et politique.

Il serait faux de voir dans la première une simple nausée à l’égard du trop-plein de taxes, notamment celles, qui sont notre gabelle contemporaine, sur les carburants. Le ras-le-bol est le fruit d’une fiscalité trop pesante pour des services publics trop légers, c’est ce déséquilibre qui suscite la colère.

Payer beaucoup d’impôts et de taxes pourquoi pas? mais à condition de ne pas voir des mendiants dans les rues, des urgences hospitalières saturées, une justice trop lente, des guichets publics qui ferment, etc!

De plus, si la taxe frappe tous les consommateurs, l’assiette de l’impôt, d’exonérations en exonérations, n’a cessé de rétrécir créant un dangereux collapsus entre citoyens contributeurs et non-contributeurs, ce qui participe aussi à l’irrespect croissant des biens publics.

Le ras-le-bol est le fruit d’une fiscalité trop pesante pour des services publics trop légers.

Il n’est point de citoyens sans contributions à l’impôt et point de démocratie stable sur un pied fiscal étroit.

Pour inverser cette dangereuse tendance, il conviendrait d’instaurer une taxe sur tous les revenus («flat tax»), avec deux taux différents pour respecter la sensibilité française, afin que les plus démunis participent à un niveau symbolique et les plus aisés à un niveau significatif mais non confiscatoire puisque nous sommes dans un monde ouvert.

Ce retour à l’universalité de l’impôt s’accompagnerait de la suppression de toutes les niches fiscales, nouvelle nuit du 4 août d’abolition des privilèges qui permettrait aussi de redéployer les fonctionnaires de Bercy dans d’autres missions.

À cette révolution fiscale serait jointe une révolution politique double redonnant force et vigueur à l’État et aux pouvoirs locaux.

Les crises majeures appellent des solutions d’audace et de panache.

L’État hypertrophié à Paris est devenu débile, au sens latin, dans les Départements. À force de vider préfectures et sous-préfectures, l’État a perdu sa présence, celle qui rassure et qui répond aux angoisses pour n’être, trop souvent, désormais qu’un empêcheur d’initiatives. En déconcentrant 20 % de ses effectifs centraux dans ses échelons de proximité, en choisissant ses représentants selon les seuls critères de la capacité à occuper le terrain, en refaisant du courage de la décision l’étalon de la qualité de son corps préfectoral, le gouvernement se donnerait les moyens d’avoir prise sur les crises.

Et en même temps (sic), le gouvernement doit oser une décentralisation absolue pour toutes les décisions de proximité communale, départementale et régionale, en rompant avec la mode XXL des intercommunalités et des métropoles et en veillant à conserver cette garantie d’ancrage démocratique qu’est le suffrage pour un nom et non pour une liste.

Si le pouvoir local n’est pas un visage proche, un être immergé dans un territoire de taille raisonnable, il sera plongé dans la même crise que le pouvoir central trop technocratique car pas assez présent dans la chair de la France.

Les crises majeures appellent des solutions d’audace et de panache. Nouvelle fiscalité et nouvelle organisation de l’État et de la décentralisation sont des révolutions indispensables pour éviter de subir le chaos.


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