Ces derniers temps, deux faits majeurs sont venus nous rappeler que les clandos sont interdits. En octobre 2018, le préfet de Dakar avait pris la décision de mettre à la fourrière tous les véhicules de transport en commun qui n’avaient pas de licence dont compris eux les taxis clandos. Dans, l’émission « le meilleur et le pire » de la 2stv avec l’acteur vedette en l’occurrence le policier « Amoul Yakaar »a servi des contraventions aux chauffeurs de clandos pour conduite sans autorisation.

En réalité, ces véhicules clandos sont maintenant tellement présents dans le secteur du transport des personnes et des biens qu’on en oublie qu’ils n’ont pas d’autorisation pour exercer cette activité.

Pourtant dans le cadre de la modernisation du secteur du transport, il était prévu en 2013 de les changer avec des véhicules TATA ACE MAGIC. Toutefois, 06 ans plus tard, le constat est que le taux de remplacement est encore faible et les véhicules clandos ont augmenté en nombre et se sont présents dans d’autres zones (Mbour, Ziguinchor…).

Cette situation montre que ces véhicules sont d’une grande utilité pour les populations. Dans ce contexte, n’est-il pas plus opportun de réformer le transport urbain pour leur permettre d’y exercer ?

Dans cet article, il sera procédé à un petit rappel de l’historique et l’évolution des zones de prédilection des clandos. Ensuite, les défis liés à l’existence des clandos et les expériences de transport urbains seront exposés. Puis, les enjeux liés à l’homologation des clandos seront suivis des recommandations.

Historique et évolution des véhicules clandos

Les taxis clandos ont débuté dans la banlieue dakaroise. C’étaient généralement des véhicules R4 blanc/vert. Dans la région de Dakar, ils occupaient généralement un pan du trafic laissé auparavant par les taxis à savoir le transport collectif de personnes. A l’image des autres véhicules, ils sont tenus de payer des assurances qui peuvent s’élever à 18000FCFA par mois et d’une taxe de stationnement de 3000FCFA.

La possibilité qu’ils ont de se fondre dans la masse des véhicules en circulation fait qu’ils peuvent parfois se comporter en taxis particuliers et ainsi grignoter indirectement des parts de marchés des taxis officiels.

Les clandos sont maintenant présents dans plusieurs régions et permettent parfois de desservir des zones où les transports en commun ne sont pas présents et où leur accessibilité n’est pas facile. Ils assurent le transport par exemple entre Diamniadio et Sébi ponty et desservent plusieurs communes.

Dans la capitale, leur principale force réside dans leurs tarifs assez compétitifs par rapport aux taxis, tandis que par rapport aux cars, ils ont un niveau de confort relatif meilleur et des circuits plus proches des habitations.

Dans la commune de Mbour, ils ont remplacé les charrettes hippomobiles. Dans cette zone, ils relient les communes de Mbour, Saly et les villages de la petite côte (Nianing, Malicounda Nguekhokh).

Il est clair donc que les véhicules clandos sont d’une grande utilité dans le transport des personnes et des biens et contribuent à l’activité économique. Toutefois, leur clandestinité est source de plusieurs défis.

L’illégalité, une source de défis majeurs

Les défis que pose la circulation des véhicules clandos sont nombreux. Ils ont trait à la sécurité dans la mobilité des personnes et des biens et pour certains au manque de confort.

Les véhicules clandos sont de toutes les couleurs, ce qui pose deux grands risques : il est impossible de savoir si le clando est un travailleur correct ou une personne nuisible d’une part et de l’autre, il est difficile de retrouver les objets perdus dans les clandos car tout véhicule peut devenir clando.

Dans le contexte actuel caractérisé par la présence de groupes terroristes dans la sous-région ouest-africaine, la maîtrise du transport par clando demeure un enjeu réel de sécurité. Bien que jusque-là, le risque sécuritaire soit encore faible, il est cependant réel. Ainsi, bien que l’essentiel des taxis dits clandos soient inscrits dans des garages, la sécurité des passagers n’est jamais garantie car l’intention et la sincérité du propriétaire ne sont jamais connues d’avance.

En outre, les véhicules clandos sont caractérisés parfois par un niveau de confort qui s’est certes amélioré mais qui les rend moins tentants pour tous les usagers.

Ainsi, il est clair que les véhicules clandos sont d’une grande utilité mais leur grande clandestinité est source de plusieurs défis. Ainsi, le recours aux expériences notées par ailleurs est intéressant pour trouver un modèle adapté.

Et si on s’inspirait des expériences des taxis des régions (Diourbel kaolack et Fatick) et des taxis communs d’Abidjan

Des modèles intéressants pour réformer les taxis clandos peuvent être notés en s’inspirant de ce qui se fait dans les régions et des taxis communs dans la commune d’Abidjan en Côte-d’Ivoire.

Dans les régions de Diourbel, Kaolack et Fatick, les taxis assurent à la fois le transport individuel et collectif. Ainsi, il est possible pour tout client de prendre une « course » ou de payer le ticket d’un trajet en commun.

Ainsi, au niveau de ces régions les taxis parviennent à satisfaire les besoins de déplacement des populations quels que soient leurs budgets. Par cette approche, les taxis de ces régions cumulent à la fois le travail réalisé par les taxis et les clandos dans la région de Dakar.

Il est aussi noté ces derniers temps au niveau du centre-ville des taxis qui font le transport collectif de personnes et qui font une part du travail réalisé par les taxis clandos.

Dans la commune d’Abidjan, la distinction est nette : les taxis coexistent avec les taxisde transport collectifs. Les taxis assurent le transport particulier de personnes dans toute la commune. Par contre, les taxis clandos sont confinés sur des trajets à l’image de la plupart des clandos dans la région de Dakar.

Dans ce pays, les taxis de transport collectifs ont des couleurs par commune. Par exemple, ceux de la commune de Cocody sont jaunes, verts dans celle d’Adjamé et bleu pour la commune de Yopougon.

L’avantage de ce système est que les garages de transports collectifs sont bien organisés, ce qui facilite la collecte des taxes, réduit le risque d’insécurité, permet de contrôler indirectement le nombre de véhicules sur le circuit et empêche les « intrusions ».

En définitive, les modèles pour réformer les taxis clandos existent et l’homologation peut être source de plusieurs avantages.

L’homologation des clandos : des enjeux importants

Le premier enjeu important dans l’homologation des taxis clandos est la lutte contre les tracasseries. La clandestinité expose les taxis à des sanctions et à des tracasseries qu’ils sont obligés de « gérer » pour pouvoir continuer à officier. Cette difficulté pourrait fortement s’atténuer une fois l’homologation effective.

Le deuxième enjeu de l’homologation devrait être le renforcement de la sécurité des personnes et des biens. Dans le contexte actuel où le terrorisme noté dans la sous-région, les personnes ne savent jamais les risques qu’ils courent lorsqu’ils prennent les véhicules clandos. Ainsi, l’homologation permet de connaître tous les véhicules du circuit et de réduire les chances de se retrouver dans un véhicule de personnes mal intentionnées. Elle permet aussi de savoir à qui recourir en cas de perte de bagages, ce qui renforce la garantie sur les biens transportés.

Le troisième enjeu pourrait être l’amélioration de la mobilité des personnes. En effet, les populations ont l’habitude de prendre leurs véhicules personnels, ce qui accroit les embouteillages. Avec l’homologation, certains pourraient avoir recours plus souvent aux taxis en commun, ce qui leur fait faire des économies et permet de réduire les embouteillages en centre-ville.

Le quatrième devrait être la hausse des taxes payées à l’Etat et aux collectivités locales. Celles-ci pourraient connaître une certaine hausse après l’homologation grâce à une meilleure maîtrise du parc et donc une meilleure organisation de la collecte.

La création d’emplois pérennes devrait être le cinquième enjeu. En effet, l’absence de licence rend l’activité précaire et peut empêcher les chauffeurs d’en bénéficier correctement. Cette précarité devrait baisser avec l’homologation et la création d’emplois pérennes pourrait en découler.

Enfin, l’organisation des clandos et leur affectation de couleurs uniformes par commune devrait permettre de bloquer les « intrus ». Cette situation aura pour avantage, la limitation du parc de taxis clandos et la réduction de la concurrence des taxis car il ne sera plus possible d’emprunter plusieurs trajets et circuits.

En somme, l’homologation devrait permettre de réduire les tracasseries, de lutter contre l’insécurité, d’améliorer la mobilité dans la capitale, d’accroître les recettes fiscales et de contribuer à la lutte contre la précarité dans le transport.

Conclusion et recommandations

Les véhicules clandos sont, en dépit de leur interdiction, un élément important du système de transport urbain. Cette situation montre la pertinence de leur offre, d’où la nécessité de les homologuer.

Cette homologation des véhicules clandos comporte plusieurs avantages en termes de réduction ou d’élimination des tracasseries policières du renforcement de la sécurité et de la mobilité des personnes et de génération d’emplois stables.

Pour l’homologation, il est possible de s’inspirer de l’expérience en matière de transport par des taxis en commun dans les régions du Sénégal et l’expérience dans la capitale ivoirienne. 

Les mesures porteront sur :

  • La réforme du secteur des transports de personnes pour donner des licences aux taxis en communs « clandos » et des autorisations aux chauffeurs ;
  • L’affectation de couleurs par commune ;
  • La mise en place des lignes pour éviter les fraudes :
  • L’accompagnement de l’Etat dans la modernisation du parc de taxis clandos pour offrir une meilleure qualité de service aux usagers.

Le financement de ces véhicules bien que n’étant pas obligatoire est d’une grande importance. L’enjeu est d’inciter les populations à les emprunter, ce qui devrait aider à réduire les embouteillages.

L’homologation devrait pouvoir se traduire par une meilleure organisation des acteurs et empêcher des particuliers de transporter. Ainsi, elle pourrait se révéler positive pour les conducteurs de taxis qui sont concurrencés par tous les types de véhicules.

Par Cheikh Niang

Expert en gestion de la politique économique

Chef du Service régional de la Planification de Ziguinchor

cniang2010@gmail.com


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